Cannes 2021 : « Bergman Island », le cahier de vacances lumineux de Mia Hansen-Love

Vicky Krieps et Tim Roth dans « Bergman Island », de Mia Hansen-Love.

Sélection officielle – En compétition

Rions, un peu, avec Ingmar Bergman, puis, redevenus graves, rendons-lui hommage. Dansons sur la tombe d’un amour qui n’a pas encore fini de bouger, écrivons son épitaphe. Découvrons le passage du Nord-Ouest entre la vie et la fiction. Examinons ce qui sépare les femmes des hommes au moment de créer une œuvre d’art. Le cahier de devoirs de vacances de Mia Hansen-Love offre un programme chargé. Pourtant, quand on le referme, au bout des presque deux heures de projection de Bergman Island, c’est le goût des vacances qui reste en bouche, pas celui des devoirs.

Tout – l’entrelacs compliqué des thèmes évoqués, la mise en abîme de deux niveaux de fiction, le jeu avec l’autobiographie (la réalisatrice, dont Olivier Assayas fut longtemps le compagnon, a écrit un scénario mettant en scène un couple de cinéastes) – devrait pousser l’entreprise vers le sérieux, voire la raideur. Mais le regard que porte Mia Hansen-Love sur son quartette d’interprètes est comme la lumière d’été scandinave qui baigne son film. Il refuse la nuit sans nier son existence.

Lire le portrait (en août 2011) : Mia Hansen-Love, un destin sur pellicule

C’est à l’approche de l’été, donc, que Chris (Vicky Krieps) et Tony (Tim Roth) débarquent à Farö. L’île de la mer Baltique où Ingmar Bergman a tourné quelques chefs-d’œuvre et passé ses étés, avant d’y mourir, accueille désormais des artistes convaincus que le génie du lieu nourrira leur inspiration. Le cinéma est à Chris et Tony ce que l’anglais est aux Américains et aux Britanniques, un langage commun qui les divise. D’autant que c’est probablement lui – le cinéaste britannique sexagénaire à l’imposante filmographie – qui lui en a enseigné les rudiments à elle qui, d’un quart de siècle plus jeune, est encore à l’orée de sa carrière.

Interminables crépuscules

Des clients rêvés pour l’expérience Farö, donc, à la fois émerveillés et effrayés de se voir attribuer pour résidence la maison ou furent tournées les Scènes de la vie conjugale, discutant des heures durant pour savoir s’il faut prendre la chose comme un gag ou comme un présage. Les premières séquences de Bergman Island flirtent éhontément avec la comédie – ce qui n’est guère dans les habitudes de la cinéaste. Mia Hansen-Love filme le lieu avec amour, mais sans aucune révérence. Les interminables crépuscules sont occupés par des conversations un peu oiseuses, un peu profondes, autour de la figure totémique de Bergman, sa vie (mauvais père, mauvais compagnon), son œuvre (emplie de l’absence de Dieu, désespérée – mais alors où caser Fanny et Alexandre?).

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