Cannes 2021 : Eran Kolirin, la mélodie de la vie

Alex Bachri et Juna Suleiman dans « Et il y eut un matin », de Eran Kolirin.

Grâce à ses films, on connaissait son sens de l’humour, son goût pour la musique, et sa façon d’écarter la tristesse par la fantaisie. On ignorait, en revanche, que le réalisateur israélien Eran Kolirin aimait chanter. Il nous l’a fait savoir, à la fin de l’entretien, en interprétant d’abord L’Eté indien puis Et si tu n’existais pas, de Joe Dassin. « Elles sont parfaites ces chansons », dit-il en souriant, s’apprêtant à reprendre son récital auquel, hélas, a mis fin l’arrivée du photographe. Passons donc aux choses sérieuses.

A ce jour, trois de ses films ont été sélectionnés à Cannes, dans la catégorie Un certain regard. La Visite de la fanfare, en 2007, qui a obtenu trois prix dont celui du jury ; Beyond the Mountains and Hills en 2016 ; Et il y eut un matin, en lice cette année. Un long-métrage adapté du roman éponyme de Sayed Kashua (Editions de l’Olivier, 2006), qui raconte le retour de Sami (Alex Bachri) dans le village arabe où il a grandi, avant de le quitter pour aller vivre à Jérusalem. Venu pour deux jours au mariage de son frère, il ne pourra repartir à cause de l’armée israélienne qui, durant la nuit, encercle le village, coupant ses habitants du reste du monde.

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De cette situation absurde, Eran Kolirin tire une fable délicieusement mélancolique sur la question de l’appartenance. « Le film interroge ce que signifie se sentir à la maison. Ce que les Anglo-Saxons appellent home est peut-être ce qui vous offre la juste résistance, la juste lutte, souligne le réalisateur. Tant que Sami cherche à rester loin de ses racines, il ne peut se confronter ni à lui-même ni aux autres. Les Arabes d’Israël sont les invisibles de notre pays. Ils vivent en démocratie, mais n’ont pas les mêmes droits que les autres, ils se trouvent coincés dans une position intenable et s’en sentent coupables vis-à-vis des Palestiniens de Cisjordanie. Leur identité est ainsi mise à mal. Le seul territoire qu’il leur reste est leur maison. »

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Né en 1973 à Tel-Aviv où il vit toujours (pour, entre autres, la mer et le soleil qui s’y couche), Eran Kolirin dit avoir grandi dans une tribu « amusante ». « Mon père est né en Israël, avant la création de l’Etat. Sa famille y est enracinée depuis le XVIe siècle. Tandis que ma mère est issue d’une famille lituanienne, rescapée de la Shoah, qui est venue s’y installer après la guerre. Cela a fait cohabiter deux histoires très différentes chez moi. Avec, du côté de ma mère, des survivants et des gens très forts. Et, du côté de mon père, des gens peinards, qui se sentent à leur place sans se poser de question, vivent la vie comme elle vient. »

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