Cannes 2021 : « Feathers » reçoit le Grand Prix de la Semaine de la critique

« Feathers », d’Omar El Zohairy, un film égyptien en clair-obscur.

Quelques heures avant que le feu d’artifice du 14 juillet illumine la Croisette, et trois jours avant la cérémonie de clôture, un premier palmarès a été rendu au Festival de Cannes 2021. Celui de la Semaine de la critique qui, depuis soixante ans, met en lumière des premiers et deuxièmes longs-métrages, en provenance du monde entier, ainsi que plusieurs courts-métrages. Pour n’en citer que quelques-uns, Jacques Audiard, Ken Loach, François Ozon, Wong Kar-wai, Leos Carax, Julia Ducournau, Amos Gitaï, Guillermo del Toro… sont passés dans cette catégorie, qui a contribué à les révéler.

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Cette année, près de mille longs-métrages ont été visionnés par Charles Tesson, le délégué général de la Semaine, et son comité de sélection. Sept seulement ont été retenus – tous déjà gagnants serait-on tenté de dire à ce niveau de la compétition. Sauf que la remise des prix fait forcément des déçus. Parmi eux, sûrement, Khadar Ayderus Ahmed, le réalisateur finlandais né à Mogadiscio, en Somalie, dont le très beau film – d’amour et de survie – The Gravedigger’s Wife (La Femme du fossoyeur), tourné en plein cœur de la ville de Djibouti, est reparti bredouille.

Plans picturaux

On ne saurait cependant en vouloir au jury présidé par le cinéaste roumain Cristian Mungiu (Palme d’or en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours) qui a légitimement attribué son Grand Prix au film, sans l’ombre d’un doute, le plus déroutant, sidérant et brillant des sept longs-métrages de la Semaine : Feathers, de l’Egyptien Omar El Zohairy. Une histoire à ne pas croire, dans laquelle l’absurde infiltre la réalité sans faire ciller, où la crasse et la misère trouvent grâce dans la composition et le clair-obscur de plans picturaux à la beauté saisissante. En quelques mots : lors de l’anniversaire de son fils de 4 ans, pour lequel il a invité un prestidigitateur, un père de famille se retrouve transformé… en poulet, après un tour de magie plutôt foireux. La scène s’étire, devient irrésistible.

Le père disparu à la faveur de la volaille, sa femme demeurée jusque-là tête baissée, cantonnée au silence et aux tâches domestiques, va devoir et pouvoir prendre place. Cette naissance – qui la fait enfin sortir de la maison, rencontrer les autres, prendre en charge le budget familial – est le sujet du film. Lequel ne donne aucun nom à ses personnages, nulle géographie aux lieux, et nul autre horizon que l’édifice, les tuyauteries et les cheminées d’une entreprise minière. Dans ce no man’s land vient au monde une femme, agonise un poulet, ressuscite un mendiant. Et se découvre un cinéaste dont on attend déjà, avec impatience, le prochain film.

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