Cannes 2021 : JoeyStarr, « chez moi, la mauvaise foi est un muscle »

JoeyStarr sur la terrasse Albane de l’hôtel JW Marriott, à Cannes (Alpes-Maritimes), le 10 juillet 2021.

C’est une bourrasque qui déboule sur la terrasse de l’hôtel. Ray-Ban, bonnet enfoncé sur la tête, bagues aux doigts, canines en or brillant au soleil. Il est 11 heures du matin et JoeyStarr, alias Didier Morville à l’état civil, a soif. La nuit a été courte. Il réclame du rhum agricole : « Il est important pour moi de griffer le chat qui m’a mordu la veille. » A Cannes, il vient défendre deux films hors compétition. Le premier, Suprêmes, d’Audrey Estrougo, raconte l’épopée de NTM, le groupe qu’il monta avec Kool Shen et le fit sortir de l’anonymat de sa Seine-Saint-Denis. Dans le deuxième, Cette musique ne joue pour personne, de Samuel Benchetrit, il est l’acteur taiseux à la séduction brute que l’on a découvert sur les écrans depuis les films de Maiwen, Le Bal des actrices (2009) et Polisse (2011) pour lesquels il fut deux fois nominé aux Césars.

Lire aussi « Le Bal des actrices » : on y danse tous en rond

Il est au téléphone : « Alors, c’est dur ? A force de ce que tu t’es mis dans la gueule hier soir ? Ah ouais, vous n’avez pas dormi encore ? Attends je te laisse parce que je suis en train de faire une interview avec Gustave Kervern… Un Gustave Kervern sans hélium », il se tourne pour voir comment on réagit, nous scanne des pieds à la tête…

« Suprêmes » raconte votre histoire, est-ce que vous vous y retrouvez ?

Audrey elle a fait un engin ! Elle n’a pas rigolé sur la photo, la réal, la narration, le casting, et franchement les mecs, ils ont un an ou un peu plus de préparation, ils ne sont pas du tout chanteurs ou autre, et ils assurent. Franchement, je suis hyper fier. Tu l’as vu le film, tu as aimé ?

C’est vous qui avez vécu cette histoire, c’est votre avis qui m’intéresse.

T’es un sale con, tu peux pas juste dire : « Ouais, il est génial ce film… » ou hocher de la tête… Bon, ben moi j’y étais, on a quelques petits anachronismes, c’est normal, mais franchement ça marche. J’ai un peu l’impression d’être dans le salon de ma mère, aux murs couverts de photos de moi, de mes frères et moi, ça fait un peu mausolée, mais on y est quoi. Pareil pour la série sur nous qui est en préparation [sur Netflix] et dont j’ai vu les deux premiers épisodes. Dans les deux cas, il vaut mieux que ça marche parce que si c’est raté, ça sent le dépôt de bilan.

Dépôt de bilan ? Mais vous êtes aujourd’hui à Cannes, vous tournez pour TF1 une série, « Le Remplaçant », en octobre, vous serez à la Seine musicale à déclamer du Artaud et du Aimé Césaire accompagné au piano par Sofiane Pamart, et vous êtes en résidence cet hiver avec David Bobbée

Il vous reste 61.93% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.