Cannes 2021 : « Les Intranquilles », dans la tête d’un peintre maniaco-dépressif, avec Damien Bonnard

Leïla Bekhti et Damien Bonnard, le 15 juillet 2021, sur la terrasse Albane au dernier étage de l’hôtel JW Marriott à Cannes.

SÉLECTION OFFICIELLE – EN COMPÉTITION

Faut-il y voir un signe ? Dans le dernier film de la compétition cannoise, Les Intranquilles, de Joachim Lafosse, les acteurs principaux ont conservé leur prénom pour incarner leurs personnages. Comme si ce fil les rattachant à l’état civil leur permettait de garder les pieds sur terre, au moment où le cinéma les emmène loin de leur univers, au bord de la rupture mentale. Damien Bonnard joue donc Damien, et il est à peine reconnaissable avec ses kilos supplémentaires et sa barbe de peintre récalcitrant, maniaco-dépressif, refusant d’avaler ses comprimés et rendant la vie insupportable à sa petite famille. Leïla Bekhti interprète Leïla, sa compagne, restauratrice de meubles, d’une psychologie rare, d’une patience infinie contenant la boule de nerfs.

Poursuivant son mari telle une infirmière, elle passe sa vie à vérifier s’il n’aurait pas commis une énième « connerie », comme l’on dirait à propos d’un enfant. Le fils du couple, justement, Gabriel, âgé d’une dizaine d’années, qui paraît parfois plus mature que le père, est remarquablement campé par Gabriel Merz Chammah – notamment dans une scène pleine d’humour où l’enfant fait mine d’être atteint par la « folie » paternelle. Ajoutons le grand-père, Patrick, qui se tient à bonne distance de la cellule toxique tout en prêtant main-forte au besoin, un beau second rôle confié à Patrick Descamps.

Le sujet est risqué, et l’aventure cinématographique non dépourvue de pièges, que le spectateur guette dans les premières minutes du film, les sourcils un peu froncés, avant d’abandonner la piste, soulagé de ne pas être emmené en « voyage organisé » au pays de la folie, avec ses lignes de dialogues expliquant le « problème ». Joachim Lafosse, qui aime observer la relation amoureuse jusqu’à l’os de la séparation – L’Economie du couple (2016) –, filme le quotidien de Damien, Leïla et Gabriel, comme si de rien n’était, laissant au spectateur le soin d’apprécier les microdérèglements induits par le comportement du père.

Entre Depardieu et Cantona

Le film s’ouvre sur une séquence à la plage, lumière dorée à l’heure où le soleil se contente de rehausser les couleurs du paysage. Leïla s’est endormie sur sa serviette, un paréo recouvrant ses jambes – magie d’un beau plan fixe dont on comprendra l’intérêt, ce besoin de décompresser, bien plus tard. Quand elle se réveille, elle scrute l’horizon. Damien est en mer avec Gabriel, le bateau à l’arrêt. Le père plonge et se met à nager, laissant le gamin ramener tout seul le bateau. « Tu sais le faire ! », lui dit-il en substance. Gabriel s’exécute, allume le moteur, concentré comme un pilote de fusée n’ayant pas le droit à l’erreur. La mère ne fait pas de reproches, mieux vaut économiser son énergie pour d’autres occasions.

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