Cannes 2021 : « Mon légionnaire » et « De Bas étage » : de la difficulté à s’engager

La réalisatrice Rachel Lang (deuxième en partant de la gauche) entourée des acteurs Alexander Kuznetsov, Camille Cottin et Louis Garrel, le 15 juillet 2021, à l’hôtel JW Marriott, à Cannes.

Quinzaine des réalisateurs

En France, le réalisme, dont il existe de nombreuses définitions, ne désigne pas exactement une école, mais fait de plus en plus d’émules. Deux films français présentés à la Quinzaine des réalisateurs, Mon légionnaire, de Rachel Lang et De Bas étage, de Yassine Qnia, tous deux jeunes réalisateurs, s’affilient à cette tradition d’observation, avec assez de sang froid et de suite dans les idées pour se distinguer des emballements du naturalisme dominant. Bien sûr, ce réalisme qu’ils endossent est une discipline, une façon de tenir l’imaginaire à distance pour ne s’en tenir qu’aux faits. Mais tous deux créent, chacun à sa façon, de belles « études » de personnages (à prendre aussi au sens plastique), qui en passent par des regards patients, une construction diachronique, une mise en image sobre mais solide.

Sous ses fausses allures de polar urbain, « De Bas étage » cache une « étude de cas », et si l’on gratte encore plus, le mélo, d’une romance impossible

Dans De Bas étage, premier long-métrage d’un géomètre de formation reconverti dans le cinéma, un spécialiste du perçage de coffres en bande organisée, Mehdi (Soufiane Guerrab), arrive à la croisée des chemins. Ses activités s’avèrent tout juste payantes et semblent repousser plus que précipiter l’horizon d’une vie meilleure. A 30 ans, il vit toujours chez sa mère dans sa cité et n’a pas encore les moyens de s’installer avec Sarah (Souheila Yacoub), coiffeuse et mère de son enfant, qui lui tourne le dos tant qu’il persévère dans le braquage. Alors que tout l’invite à se ranger, Mehdi, indécrottable, ne parvient pas à raccrocher, persuadé qu’un gros coup l’attend.

Sous ses fausses allures de polar urbain, De Bas étage cache en fait une « étude de cas », et si l’on gratte encore plus, le mélo, déguisé, d’une romance impossible. En effet, le film s’ouvre et se ferme sur deux longs regards silencieux, lancés par Mehdi depuis sa voiture à une Sarah qui lui échappe, entérinant la distance irrémédiable qui les sépare. Entre les deux, rien n’a changé pour le héros qui reste pétrifié dans sa situation – et l’une des limites du film est peut-être le jeu tout en contraction de son jeune interprète, trop crispé. Une hypothèse s’impose : l’adrénaline du crime a plus d’attrait libidinal que la perspective d’une vie rangée avec la belle coiffeuse. Un choix se fait, par la force des choses. Et pendant ce temps, Qnia nous présente son entourage comme une extension de lui-même : mère qui perd la boule, des partenaires qui le lâchent un à un, des gosses de rue perdus.

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