Cannes 2021 : pour Léa Seydoux, « le cinéma est une consolation »

Léa Seydoux, le 25 mai 2021, à Paris.

« Tu me trouves moins bête que tu t’y attendais ? » Elle se marre. C’est elle qui a posé d’emblée le tutoiement. Et petit à petit, a retourné l’interview. C’est désormais Léa Seydoux qui pose les questions sans qu’on s’en soit bien rendu compte. On l’a rencontrée à Paris avant sa venue au festival de Cannes pour pas moins de quatre films dont trois en compétition : France, de Bruno Dumont, L’Histoire de ma femme, de la réalisatrice hongroise Ildyko Enyedi, et The French Dispatch, de Wes Anderson, elle est aussi le rôle féminin principal dans Tromperie, d’Arnaud Desplechin (sélection « Cannes première »). C’était avant d’être déclarée positive au Covid-19 et qu’elle soit obligée d’annuler sa venue.

Ce jour-là, elle veut savoir si on a aimé les films qu’on a vus à Paris en avant-première, ce qu’on en a compris, de ses films, d’elle. L’envie de saisir une fois de plus les réactions, même si elle affirme que de toute façon, elles seront toujours multiples, opposées, partielles et subjectives. Mais tout de même, miroirs, mes beaux miroirs, que me racontez-vous ? dit l’actrice aux yeux en amande dont la filmographie se multiplie comme des petits pains (on la verra cet automne en James Bond girl dans Mourir peut attendre, et elle a déjà commencé le tournage du prochain film de Mia Hansen-Love).

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« Mon image m’échappe, dit-elle joliment avec la tranquillité de ceux qui ont traîné leur bosse sur les divans de psy. J’ai une vision de moi-même qui est totalement erronée. En vrai, je n’en ai pas. Et d’ailleurs ça ne m’intéresse pas, la vision que j’ai de moi-même, c’est la vision que les autres ont de moi, ce que les autres ressentent. En temps qu’acteur, on devient sa propre caricature. Bruno [Dumont] m’a filmée comme il filme les paysages. Il adore filmer les paysages. Le personnage de France est à la fois enfantin, profond, superficiel, ironique, amoureux, il est tout ça, très sincère dans sa souffrance. Et finalement les choses nous dépassent. Le film dit ça, et que dans ce qui nous échappe il y a la grâce. »

Une école de la difficulté

« Chaque metteur en scène a son propre langage, sa perspective, son point de vue, c’est son regard sur le monde, mais le monde est vaste », dit-elle simplement. Breillat, Mocky, Honoré, Kechiche, Dumont… Sa filmographie est une école de la difficulté. On pense à cette phrase d’Arnaud Desplechin rapportée dans Libération par Philippe Azoury : « Elle a un désir d’échafaud. » C’était après Roubaix, une lumière, en 2019.

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