Cannes 2021 : pour Virginie Efira, « jouer une vierge à plus de 40 ans, c’est assez bizarre »

Virginie Efira, à l’hôtel Peninsula, à Paris (16e), le 1er juillet.

Si le parcours sur grand écran de Virginie Efira a tout d’une montée en puissance, depuis les premières comédies populaires qui surfaient sur sa notoriété jusqu’à une percée remarquée dans le cinéma d’auteur, notamment au côté de Justine Triet (Victoria en 2016, Sibyl en 2019), il y a fort à parier que Benedetta, le dernier long-métrage du franc-tireur Paul Verhoeven, lui ouvre des perspectives inouïes.

Plus rien ne semble impossible après un rôle pareil, celui d’une jeune nonne du XVIIe siècle qui se hisse à la tête de son couvent en Toscane en « faisant » des miracles et, surtout, par la conquête de sa liberté sexuelle, accédant à une jouissance qui renforce ses transports mystiques. De quoi faire voler en éclats l’image soyeuse et proprette de l’actrice qui, en prenant des risques avec un maintien imperturbable, rejoint ici la lignée formidable des héroïnes de Verhoeven : des femmes fortes sachant naviguer habilement dans le jeu social, comme Nomi la strip-teaseuse de Showgirls (1995) ou Rachel Stein, la résistante amoureuse de Black Book (2006).

Lire la critique de « Victoria » (en septembre 2016) : Grandeur et solitude de la femme moderne

La comédienne à la blondeur hitchcockienne et au visage poupin, née à Schaerbeek dans la région bruxelloise, reçoit, fringante et tout sourire, dans son salon parisien décoré selon elle « comme le cabinet d’une diseuse de bonne aventure », avec force voilages et tapisseries. Elle se souvient du moment où elle a découvert ce scénario échevelé, inspiré du cas réel de la religieuse lesbienne Benedetta Carlini tel que relaté par l’historienne américaine Judith C. Brown dans son livre Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne (Gallimard, 2007).

« En lisant, se rappelle-t-elle, j’étais fréquemment obligée de m’arrêter, tellement le texte était riche, non seulement de métaphores mais aussi de notations concrètes. J’ai aimé toutes ces couches qui m’ont ouvert des territoires de cinéma inédits et aussi révélé des choses sur moi-même. A chaque scène, il y avait des fils à tirer sur la souffrance, le rapport au corps, la foi, le symbolisme, mais qui n’empêchent jamais un lyrisme narratif. »

« Erotisme spiritualisé »

Benedetta a des visions, prie et prêche façon Savonarole, se découvre des stigmates et les expose aux yeux des autres. Le soir venu, elle cherche le plaisir en détournant de leur usage certains objets liturgiques. Comment prépare-t-on un rôle aussi délirant ?

« Dans le livre, l’accent est mis sur l’aspect pathologique, schizophrénique du personnage, mais c’était moins intéressant pour moi. J’avais quelques idées d’interprétation, par exemple une prière que j’imaginais comme un coup de téléphone. Verhoeven recevait mes propositions avec ce laconisme malicieux qui lui est propre : “c’est bizarre mais c’est bien, je crois” », l’imite-t-elle en prenant tout à coup l’accent flamand. « Ce n’est pas un directeur d’acteurs qui psychologise, il est avant tout intéressé par l’image qu’il est en train de construire»

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