Cannes 2021 : Spike Lee, président du jury, compte redonner foi dans le cinéma

Spike Lee, président du jury du Festival de Cannes, photographié dans le salon du restaurant La Palme d’Or, à l’Hôtel Martinez, à Cannes, le 6 juillet 2021.

Il y a dix-huit mois, quand le Festival de Cannes a présenté le président du jury de sa 73e édition, Spike Lee était auréolé du succès, critique et public, de BlacKkKlansman, qu’il avait présenté en 2018 sur la Croisette. Premier Afro-descendant à occuper cette présidence, le réalisateur de Do The Right Thing (1989) s’apprêtait à départager, avec ses collègues, quelques-uns des meilleurs longs-métrages de 2020.

Finalement, c’est le jury de la 74e édition que présidera Spike Lee. Et la tâche qui lui incombe n’est pas seulement d’établir un palmarès à partir d’une sélection replète (vingt-quatre films, contre la vingtaine habituelle), mais aussi de redonner foi. Dans le cinéma en général, dans ses rituels en particulier. Or – et c’est l’une des contradictions sur lesquelles Spike Lee a construit son art –, ce militant ardent, cet infatigable contributeur au débat public, refuse catégoriquement de se poser en modèle, encore moins en prophète.

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Leçons de la pandémie

Au matin de l’ouverture du Festival, le mardi 6 juillet, il est aussi affable que laconique lorsqu’il s’agit de tirer les leçons cinématographiques de cette période pandémique. Il préfère parler de sa traversée du fléau, qu’il a consacrée, entre autres, à la réalisation d’une série documentaire destinée à la plate-forme HBO Max. En huit heures, NYC Epicenters 9/11 → 2021½ reviendra sur l’impact des deux catastrophes qu’a connues la ville du cinéaste, les attentats de 2001 et la pandémie. « Tout a changé, des milliers de gens ont perdu leur mère, leur père, leur conjoint, sans même pouvoir être avec eux. New York a été l’épicentre de ce désastre. J’y consacrerai la première moitié de la série. La seconde évoquera le 11-Septembre et ses séquelles, elle sera diffusée pour le vingtième anniversaire des attaques. »

« Depuis que je fais du cinéma, chaque décennie, un Noir a remporté un Oscar. A chaque fois, les journalistes m’ont appelé pour me demander si Hollywood avait changé »

La période a été aussi marquée par le mouvement qui a suivi la mort de George Floyd, à Minneapolis. « Ce meurtre, ce lynchage, a réveillé le monde entier, au-delà de la communauté noire », fait-il observer avec une pointe d’optimisme qu’on lui voit rarement. Sur un thème voisin, il remarque que, « aujourd’hui, quand on est jeune et noir et qu’on a du talent, on a une bonne chance de trouver du travail ». Pour revenir aussitôt à son habituelle prudence : « Depuis que je fais du cinéma, chaque décennie, un Noir a remporté un Oscar. A chaque fois, les journalistes m’ont appelé pour me demander si Hollywood avait changé, et cette embellie a été suivie de neuf années de sécheresse. J’espère que, cette fois [depuis le triomphe de Moonlight aux Oscars en 2017], ce sera différent, que ce n’est pas une simple mode. »

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