Cannes 2021 : « Stillwater », un thriller marseillais avec Matt Damon et Camille Cottin

De gauche àdroite : Moussa Maaskri,  Abigail Breslin, Lilou Siauvaud, Matt Damon,  Tom McCarthy, Camille Cottin et Noé Debré, le 9 juillet, à Cannes.

Sélection officielle – Hors compétition

Les traversées cinématographiques entre ancien et nouveau monde sont périlleuses – en témoignent aussi bien My Blueberry Nights (Wong Kar-waï, 2007) que La Coccinelle à Monte Carlo (Vincent McEveety, 1977). On saluera donc la réussite du passage pour Marseille (pour emprunter le titre d’un film dans lequel Michael Curtiz dirigea Humphrey Bogart) de Tom McCarthy.

Réalisateur aussi peu prolifique qu’il est éclectique (huit longs-métrages depuis le début du siècle, de la romance douce amère du Chef de gare au style quasi-documentaire de Spotlight), McCarthy a bâti un film solide et pourtant déconcertant, hybridation de noirceur française et de mauvaise conscience américaine, à laquelle on s’attendait aussi peu qu’à une idylle de cinéma entre Matt Damon et Camille Cottin.

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Le premier incarne Bill Baker, roughneck (ouvrier sur les puits de pétrole) de l’Oklahoma, qui n’a aucune raison de se retrouver entre Bonne Mère et Panier. Mais sa fille, Allison (Abigail Breslin, ci-devant Little Miss Sunshine) est partie faire ses études à Aix-en-Provence, et – tout comme Amanda Knox le fut dans la vraie vie et en Italie dans une affaire criminelle retentissante en 2007 – a été accusée et convaincue du meurtre de sa colocataire. De temps à autre, Bill se rend aux Baumettes. Le voyage qui ouvre Stillwater vient après celui de la dernière chance. Allison, qui clame son innocence, a épuisé tous les recours et son avocate (Anne Le Ny) incite le visiteur à la résignation. En même temps qu’il décide de reprendre l’enquête à compte d’auteur, le roughneck fait la connaissance d’une néoPhocéenne, Virginie (Camille Cottin), actrice de théâtre qui a quitté Paris pour tenter sa chance à Marseille.

Un vrai parfum de rouille

Ce qui suit – le choc des cultures et le frottement des désirs, la poursuite de la vérité et ses dommages collatéraux – pourrait relever du scénario-programme d’un film qui aurait eu jadis pour star Charles Bronson et qui arrondirait aujourd’hui les fins de mois de Liam Neeson. Mais Tom McCarthy est trop intelligent, et sans doute trop sensible, pour se contenter de vieilles recettes. Mécontent de son scénario original, il a fait appel à Thomas Bidegain et Noé Debré, scénaristes (et réalisateur, dans le cas du premier) français qui donnent à cette nouvelle recette de fish out of water (« poisson hors de l’eau », formule qui désigne les histoires de plongée en milieu inconnu) un vrai parfum de rouille.

Tournant résolument le dos à son passé de gentil garçon, Matt Damon s’installe confortablement dans la masse physique de son personnage de mauvais père taciturne, qui tente de racheter ses fautes passées à force de bénédicité à chaque repas et de politesse militaire. Autour de lui, les acteurs français, à commencer par Camille Cottin, semblent souvent faire comme si Bill Baker (et surtout Matt Damon) n’étaient pas là, comme s’ils jouaient dans un polar indigène. Ce décalage pourrait être une calamité, il est ici le carburant d’une fiction qui joue habilement avec les attentes que suscite le genre. Sans rien vouloir dévoiler du dénouement, on préviendra les amateurs de Taken que ce père américain-là devra se frotter pour de vrai à la complexité du vaste monde, et que Stillwater y trouvera une résonance plus profonde que ce qu’offre ces jours-ci le cinéma de divertissement venu de Hollywood.

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