Cannes 2021 : « Un certain regard » porté sur la violence du monde

Au premier plan, l’actrice Nehemie Bastien et la réalisatrice Gessica Généus, accompagnées de l’équipe du film « Freda », le 14 juillet, au Palais des Festivals, à Cannes.

Officiellement décrit sur le papier comme une sélection destinée à mettre en avant les films originaux et les talents de demain, Un certain regard est aussi considéré comme l’antichambre de la compétition officielle. Autant dire que le champ est large pour les sélectionneurs qui cette année ont retenu dix-sept longs-métrages en provenance de plusieurs horizons, plus ou moins lointains. France, Belgique, Etats-Unis, Mexique, Haïti, Russie, Islande, Chine, Norvège… des pays dont la réalité, la culture ou l’imaginaire nous sont apparus, avec des bonheurs divers et des films plus ou moins aboutis. Cependant, l’ensemble (nettement concentré sur des thématiques sociétale et politique) avait plutôt fière allure. Découvrant quelques solides promesses, notamment du côté des réalisateurs qui signaient leur premier film.

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Parmi eux, et sans pouvoir les citer tous : le conte fantastique Lamb, de l’Islandais Valdimar Johannsson, qui, en mêlant d’un geste sûr le réel et le surnaturel, nous ouvre les portes d’une nature telle que nous l’avions jamais vue, à la fois terriblement concrète et poétique. Un monde, de la réalisatrice belge Laura Wandel, qui a pris au pied de la lettre l’expression « filmer à hauteur d’enfant » pour non pas nous raconter mais nous faire ressentir la perception et les sentiments qui agitent ses jeunes personnages face au monde clos et violent de l’école.

Récit engagé

Freda, de la réalisatrice haïtienne Gessica Généus, dont le film vibrant et à fleur de peau – sur deux sœurs en particulier (et les femmes en général) qui tentent de trouver leur place à Port-au-Prince où règne l’insécurité – nous a émus. Au même titre que le très juste Mes frères et moi, de Yohan Manca – récit aussi gai que tranchant sur quatre frères en quête d’un avenir meilleur, là où ils vivent (un quartier populaire au bord de la mer) ou ailleurs.

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Outre Lamb qui a reçu le prix de l’originalité, un autre premier film a été récompensé, vendredi 16 juillet, par le jury Un certain regard présidé par la scénariste et réalisatrice britannique Andrea Arnold : La Civil, de la Roumaine Teodora Ana Mihai, récit engagé sur les disparitions de civils au Mexique (gratifié du prix de l’audace). Tandis que le prix d’ensemble a été attribué à Bonne mère, deuxième long-métrage après Tu mérites un amour (2019) d’Hafsia Herzi.

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Les deux grandes récompenses – le prix Un certain regard et le Prix du jury – ont respectivement couronné Razzhimaya Kulaki (« Les Poings desserrés ») de la cinéaste russe Kira Kovalenko, film à réveiller les morts et faire suffoquer les vivants, tourné en Ossétie du Nord, sur un site minier où chaque personnage traîne sa peur, son ennui et sa chair meurtrie. Et Grosse Freiheit, de l’Autrichien Sebastian Meise, récit écrasant et confiné à une cellule de prison, sur la discrimination et la criminalisation des homosexuels dans l’Allemagne d’après-guerre.