Cannes 2021 : une forte représentation de films de l’Est

Une image d’archives extraite du film « Babi Yar. Contexte », de l’Ukrainien Sergei Loznitsa, présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2021.

« Tu devrais te repentir », dit à son fils la mère du personnage principal du long-métrage d’Alexeï Guerman Jr. sélectionné à Cannes dans la catégorie Un certain regard, car il est assigné A résidence (le titre du film) pour avoir accusé de vol le maire de sa ville. Assigné à résidence, Kirill Serebrennikov, le réalisateur de La Fièvre de Petrov, le fut d’août 2017 à avril 2019. Il n’avait pas pu être présent à Cannes pour la présentation de Leto, en compétition en 2018, et, malgré sa nouvelle sélection en compétition, ne le sera pas non plus cette année : il a été condamné à trois ans de prison avec sursis pour avoir prétendument détourné des fonds alloués à une pièce de théâtre et ne peut sortir du pays ; s’il n’a pas fait appel, il ne se repent cependant pas.

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Car c’est bien Le Repentir (1984), titre du film soviétique de Tenguiz Abouladzé que Cannes Classics montre en version restaurée trente-quatre ans après le Grand Prix du jury arraché de haute lutte en 1987 par le chantre de la Perestroïka, Elem Klimov, au président du jury Yves Montand qui ne croyait pas au repentir des Soviétiques, et surtout son absence que l’on retrouve dans les films issus du territoire de l’ex-URSS cette année. C’est aussi à ce travail de mémoire et, le cas échéant, de possible repentir que s’est attelé l’Ukrainien Sergei Loznitsa dans Babi Yar. Contexte, présenté en séance spéciale : en montant des images d’archives allemandes et soviétiques, il dessine le cadre dans lequel s’est déroulé le plus grand massacre de la Shoah par balles en septembre 1941 à Kiev, tendant ainsi un miroir à ceux qui continuent de confondre Histoire et roman national.

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Ces quatre films issus de l’ex-URSS se rejoignent dans la non-acceptation d’une situation donnée. Les hallucinations de la famille Petrov dans le film de Kirill Serebrennikov semblent être les seules (lugubres) échappatoires. Obnubilés, au sens littéral du terme, par une grippe qui ne les lâche pas – Les Petrov dans la grippe est le titre russe du best-seller d’Alexeï Salnikov qu’a adapté Serebrennikov (traduit en français par Les Petrov, la grippe, etc., publié aux éditions Les Syrtes, en 2020), les trois membres de la famille errent entre cauchemars et réalité dans une Russie postsoviétique qui n’a de « post » que le nom. Tourné sur fonds privés uniquement, tout comme A résidence, d’Alexeï Guerman Jr. (ironie du sort : l’acteur principal de ce film, Merab Ninidzé, jouait le petit-fils du dictateur dans le film Le Repentir !), La Fièvre de Petrov replace Kirill Serebrennikov au centre de l’attention.

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