Cannes 2021 : Vicky Krieps, Européenne avant tout

L’actrice Vicky Krieps, le 11 juillet au Palais des festivals, à Cannes.

« On m’a souvent dit : “Pour réussir tu dois te montrer, te faire connaître, jouer les réseaux. Je n’ai jamais voulu. J’ai toujours senti que c’était faux. Je me disais : “Ou bien je réussis par mon travail, ou bien ce n’est pas pour moi. » A 37 ans, Vicky Krieps, qu’on avait découverte en 2018 dans Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson, en fausse proie aux joues roses qui se jouait d’un couturier pygmalion interprété par le monstre Daniel Day Lewis, voit sa carrière exploser. « Je pense que si j’ai intéressé Paul Thomas Anderson, c’était justement parce que j’avais sauvegardé cette chose en moi. »

Lire l’intégralité de la critique (en février 2018) : « Phantom Thread » ou l’amour sous toutes les coutures

A l’écran comme dans la vie, il faut se méfier des candides. Deux films présentés à Cannes – Bergman Island, de Mia Hansen-Love (en compétition et en salle depuis le 14 juillet), et Serre-moi fort, de Mathieu Amalric –, deux blockbusters annoncés outre-Atlantique – Old, de M. Night Shyamalan, avec Gabriel Garcia Bernal, et The Survivor, de Barry Levinson… Sans compter De nos frères blessés, d’Hélier Cisterne, repoussé pour cause de Covid-19, une histoire d’amour sur fond de guerre d’Algérie avec Vincent Lacoste.

Vicky Krieps est née au Luxembourg, a étudié le théâtre à Zurich, vit à Berlin, et joue aussi bien en France qu’en Allemagne ou en Angleterre, symbole d’une génération émergente d’actrices européennes et transfrontières. « Très jeune, on m’a dit : Vicky tu dois perdre ton accent. J’ai dit non. C’est ce qui m’a permis de rester moi-même. L’Europe est un assemblage de cultures. On me laisse jouer dans les trois langues et, à chaque fois, je parle comme je parle. »

Le tatouage comme une antisèche

Sur son annulaire gauche, une simple ligne qui représente un arbre. De la racine part un trait court qui mène à deux petits losanges, des diamants, ses deux enfants aujourd’hui âgés de 10 et 6 ans. « Si ce trait-là est très petit, c’est que j’ai l’impression, au début de ma vie, d’avoir été tellement endormie et rêveuse que c’était comme si je n’avais pas été là… » La ligne se poursuit, beaucoup plus longue. Elle a des enfants et commence une carrière d’actrice tout à la fois : « Très dur. L’impression de labourer un champ… » Une interruption dans la ligne ? « Là, j’ai lâché prise, c’est à peu près à ce moment que j’ai tourné Phantom Thread. Après, j’ai un peu plané, et puis là, c’est où je suis aujourd’hui. C’est moins laborieux. J’ai atterri. Je sais que j’ai encore du travail à faire… Enfin, là c’est l’horizon… », dit-elle en montrant les chevrons qui terminent la ligne, telles les feuilles d’un arbre. Le tatouage comme une antisèche, un « aide-mémoire pour rester sincère ».

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