« Careless Crime » : retour sur l’incendie du cinéma Rex en 1978 en Iran

Avec virtuosité, le réalisateur de « Careless Crime », Shahram Mokri, né la veille de l’incendie en 1978, fusionne les époques pour dénoncer la négligence dont souffre le cinéma iranien.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Avec un goût de la distorsion et de l’itération, Careless Crime revient sur l’incendie criminel du cinéma Rex, à Abadan (Iran), qui tua, le 19 août 1978, plus de 470 personnes, un an avant la révolution islamique. Les défaillances techniques de la salle aggravèrent le drame.

Boucles narratives, diffraction du montage, brouillage des pistes, abolition des repères spatio-temporels, film dans le film, manipulation des spectateurs convergent pour poser une question : et si rien n’avait changé ? Les pyromanes d’hier agissent encore aujourd’hui dans des salles de projection bondées qui se moquent des consignes de sécurité. Avec virtuosité, le réalisateur Shahram Mokri, né la veille de l’incendie, fusionne les époques pour dénoncer la négligence dont souffre le cinéma iranien.

Puzzle narratif

Ode au cinéma perdu, le film nous fait aussi arpenter les sombres couloirs d’un musée où l’on aperçoit les images incandescentes de The Crime of Carelessness (1912), d’Harold M. Shaw, produit par la société Edison (une usine de filature de laine prend feu), pour nous conduire à une séance en plein air de The Deer (1974), de Massoud Kimiai, le film préféré des Iraniens, celui qui était projeté pendant l’incendie de 1978.

A l’instar d’un jeu de patience, ce puzzle narratif peut parfois décourager – il nous faut revoir mentalement la place de chaque scène et relire les plans dans le sens inverse pour ne pas être totalement perdu – mais subjugue par ses allégories. Quand un missile non explosé gît non loin de la toile fragile d’un écran de cinéma, dans la montagne, le film adjoint habilement l’art de la fable au suspense.

Film iranien de Shahram Mokri. Avec Babak Karimi, Razieh Mansouri, Abolfazl Kahani, Mohammad Sareban (2 h 14).