Carlo Rovelli, rockstar de la mécanique quantique

Par Stéphanie Chayet

Publié aujourd’hui à 04h05

Carlo Rovelli dans son appartement de Vérone, en Italie, en juillet.

Un jour, Carlo Rovelli reçut un message qui commençait par ces mots : « Hello Carlo, je suis un peintre de 80 ans… » Le peintre de 80 ans s’appelait David Hockney, il avait aimé un texte du physicien publié par le New York Times et l’invitait à passer une journée dans son atelier pour bavarder. Quelque temps plus tard, sur les hauteurs de Los Angeles, l’artiste anglais montrait au scientifique italien la grande toile pleine de distorsions sur laquelle il travaillait.

Comment la réalité se présente-t-elle à nous ? Comment donner de nouvelles formes à l’espace ? Les questions fusaient des deux côtés. « Je pense que l’art et la science ont en commun de nous aider à mieux voir le monde », médite Rovelli, trois ans après cette rencontre « merveilleuse ». « Merveilleux » est l’un des mots qu’il emploie le plus souvent.

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Il ne s’est pas passé dix minutes depuis son arrivée sur la terrasse où nous avons rendez-vous qu’un inconnu s’approche. Les mains jointes, s’excusant de déranger, le jeune homme lui déclare à toute vitesse qu’il a molto, molto aimé ses livres avant de s’éclipser. C’est donc ça, la vie d’une « rockstar de la physique », pour emprunter une formule du Times qui n’a visiblement rien d’hyperbolique ?

On le savait déjà submergé de demandes, propositions et invitations auxquelles il ne pourrait pas répondre même s’il passait « tout [son] temps à ne faire que ça », comme il le regrette dans un e-mail de réponse automatique en trois langues, coiffé d’un smiley triste. On constate à présent qu’il est reconnu dans la rue, ce qui n’a pas dû arriver à un physicien depuis Stephen Hawking. La rue en question se trouve à Vérone, la ville italienne de son enfance, où il garde un petit appartement à deux pas du vieux pont romain et se déplace à vélo, cheveux au vent.

Héritier des sages et des savants

Il aurait pu rester l’un des fondateurs de la gravité quantique à boucles, une jeune et prometteuse « théorie du tout » qui concourt, contre la théorie des cordes, dans la course à l’unification de la relativité générale d’Einstein et de la mécanique quantique. Il aurait pu se satisfaire de publier des articles de recherche lus par une trentaine de ses pairs, de donner des conférences avec des philosophes, d’intéresser ses étudiants à la naissance de la pensée scientifique. Mais, à l’approche de la soixantaine, Carlo Rovelli s’est piqué d’écrire « pour ceux qui ne connaissent rien ou pas grand-chose à la physique » une série de chroniques dominicales dont le grand éditeur italien Roberto Calasso, récemment disparu, lui a proposé en 2014 de tirer un petit livre.

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