« Carnets de correspondante », sur Arte Radio : la fabrique de l’information depuis Ramallah

Dans « Carnets de correspondante », la journaliste Marine Vlahovic raconte les trois années qu’elle a passées à Ramallah en Palestine, entre 2016 et 2019.

ARTE RADIO – A LA DEMANDE – SÉRIE DOCUMENTAIRE

« Comment veux-tu raconter le monde et cette région en une minute ? C’est impossible. » C’était pourtant bien le travail de Marine Vlahovic, journaliste pigiste et correspondante à Ramallah, le centre politique de la Cisjordanie occupée, en Palestine, entre 2016 et 2019. En cinq épisodes d’environ vingt minutes, elle raconte à la première personne ces trois années pendant lesquelles elle a sillonné les territoires palestiniens occupés pour en tourner-monter-donner des nouvelles, principalement aux auditeurs de Radio France, tout en témoignant sans concession des coulisses d’une profession risquée et d’une condition précaire.

« Le Proche-Orient est l’archétype de tous les fantasmes qu’on peut avoir sur les journalistes en “zone de conflit”, dit-elle. J’avais envie de raconter cette région complexe par l’humain, par ses habitants, mais je me suis fait avaler par la machine. » Loin des récits éculés et sans forfanterie, elle livre une chronique passionnante car lucide sur les pratiques professionnelles du hard news, les coulisses de la « machine ».

Au fil des épisodes, l’envers du décor prend vie. Sans sensationnalisme et pourtant de façon bouillonnante, elle transforme une gigantesque matière sonore – des milliers d’heures de rushs – en un « autre récit ».

« Milieu viril »

Entre extraits de reportages, échanges – parfois un peu tendus – avec les rédactions pour lesquelles elle travaille, et situations du quotidien qui n’ont rien d’ordinaire, Marine Vlahovic plante d’abord le décor : son installation dans la ville de Ramallah, l’enfer de l’attente aux checkpoints, le « milieu viril » des journalistes sur place. « La première année, tu détestes les Israéliens ; la deuxième, les Palestiniens ; la troisième, toi-même », ont coutume de dire les correspondants. « Je me suis souvent emportée contre les uns ou les autres, mais au fond, je n’ai détesté personne », affirme-t-elle en montrant les pressions dont elle fit l’objet de toutes parts.

Oscillant toujours entre les péripéties de l’actualité et la vie courante, elle navigue entre les religions et les amitiés éprouvées

Dans le deuxième épisode, elle rend compte de ses conditions d’enregistrement, des attentes et lubies des rédactions éloignées du terrain, des cadences folles de l’actualité. « Je carbure au café clopes et je prends 10 kilos au passage », raconte celle qui nous entraîne avec pédagogie au cœur de cette région complexe. Lorsque le président Trump décide de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu, en décembre 2017, c’est l’emballement : beaucoup de rédactions envoient des journalistes dans l’attente de la « guerre promise » ; mais la mort de Johnny Hallyday éclipse le sujet dans les journaux de l’Hexagone. Pour retrouver de l’énergie et tromper la lassitude, elle sort, boit et nous relate la vie nocturne à Ramallah.

Sans bomber le torse, elle dit, dans le quatrième épisode, comment, frôlée par le tir d’un sniper israélien pendant un reportage sur la « marche du retour », fin 2018, à la frontière entre Gaza et Israël, elle « vrille », en état de choc. Oscillant toujours entre les péripéties de l’actualité et la vie courante, elle navigue entre les religions et les amitiés éprouvées. C’est épuisée par ses conditions de travail qu’elle mettra fin à sa correspondance. « Dans ce conflit médiatique, les journalistes travaillent en liberté surveillée et marchent au pas », conclut-elle dans le cinquième épisode. L’un de ses derniers reportages ne sera pas diffusé.

Carnets de correspondante, série documentaire de Marine Vlahovic, réalisée par Arnaud Forest (Fr., 2021, 5 x 20 min). Disponible à la demande sur Arte Radio.