« Cartouche », sur C8 : l’allégresse truculente de Jean-Paul Belmondo

Jean-Paul Belmondo dans « Cartouche » (1962), de Philippe de Broca.

C8 – VENDREDI 10 SEPTEMBRE À 21 H 15 – FILM

A l’annonce de la mort de Jean-Paul Belmondo, lundi 6 septembre, toutes les chaînes de télévision ont bousculé leur programmation pour rendre hommage à l’acteur. C8 a choisi de diffuser durant une semaine plusieurs films, dont Cartouche (1962), de Philippe de Broca. Jean de Baroncelli en avait fait une critique élogieuse dans Le Monde à l’époque.

Comme son petit cousin Fanfan la Tulipe, auquel il fait plus d’une fois penser, ce Cartouche a de l’entrain, du bagou, de l’audace, du charme et cette crapulerie assaisonnée de romantisme qui plaît tant aux foules. A sa manière c’est un redresseur de torts. Il ne pille et ne dévalise que ceux qui ont trop d’argent. Bandit de grand chemin, il ne transige pas avec l’honneur. Enfant du peuple, il nargue et ridiculise la police du royaume. S’il lui arrive de verser le sang, c’est toujours en combat régulier et l’épée à la main. Ajoutez à cela qu’il tourne la tête à toutes les filles et qu’il a sur les hommes l’ascendant de ceux qui sont nés pour commander.

Une bataille homérique

Avec sa parodie de la guerre en dentelles, un peu lente et un peu lourde, on craint que Philippe de Broca, plus habitué aux comédies en vase clos qu’aux récits picaresques, n’ait de la peine à trouver son style. Et puis brusquement l’étincelle jaillit. A l’occasion d’une bataille homérique, le réalisateur se déchaîne. Il accélère l’allure, multiplie les gags visuels, se laisse joyeusement emporter par son sujet. Une allégresse truculente envahit l’écran.

Devenu chef des meilleurs larrons et vide-goussets de Paris, Cartouche a toutes les audaces. Il déménage les appartements des grands seigneurs, s’attaque aux convois du Trésor royal, à l’ambassade du sultan, accumule impunément de fabuleuses richesses. Il couvre de bijoux sa maîtresse, Vénus, la jolie bohémienne qui partage ses aventures.

Philippe de Broca s’est fort bien tiré des pièges de la « grande mise en scène »

Un traquenard lui est tendu. Il en réchappe, mais Vénus est mortellement blessée. Parée comme une châsse, la dépouille de la tendre et fidèle bohémienne est enfermée dans un carrosse d’or que Cartouche et ses compagnons immergent au fond d’un lac. Ces funérailles insolites permettent au réalisateur de terminer son film sur une note poétique qu’il est rare de trouver dans un ouvrage de ce genre.

Philippe de Broca s’est fort bien tiré des pièges de la « grande mise en scène ». Jean-Paul Belmondo lui a donné un sérieux coup de main, car on ne saurait rêver un Cartouche plus vivant, plus sympathique, plus spirituel que celui qu’il incarne. Claudia Cardinale (Vénus) a la beauté du diable. Les deux lieutenants de Cartouche, Jean Rochefort et Jess Hahn, sont excellents.

Jean de Baroncelli (10 mars 1962)

Cartouche, film de Philippe de Broca. Avec Jean-Paul Belmondo, Claudia Cardinale, Jean Rochefort (Fr.-It., 1962, 114 min). Disponible à la demande sur MyCanal.

Le Monde