« Cat Stevens : de Steven Georgiou à Yusuf Islam », sur Arte : les vies fragmentées d’un « songwriter »

Cat Stevens, chanteur musicien et auteur compositeur britannique, en 1971.

ARTE – VENDREDI 22 OCTOBRE À 22 H 30 – DOCUMENTAIRE

Cat Stevens n’est pas « le plus énigmatique des songwriters célèbres » (Bob Dylan et d’autres le surpassent largement dans cette catégorie), comme il est imprudemment affirmé dans ce documentaire, mais son cas est suffisamment intrigant pour que France Swimberge s’intéresse au chanteur britannique, emblématique de la jeunesse hippie des années 1970 avant sa conversion à l’islam, fin 1977. En moins d’une heure, c’est même court pour cerner ce personnage au pseudonyme félin, aujourd’hui âgé de 73 ans. Ce matou n’a peut-être pas eu neuf vies, mais on en distingue au moins six.

Au départ, il y a Steven Georgiou, Londonien né de père chypriote grec et de mère suédoise, baby-boomeur happé par la contre-culture des années 1960, qui tente de placer ses chansons auprès des éditeurs de Denmark Street. On l’entend affirmer une contre-vérité quand il dit cultiver sa singularité en puisant dans le blues et le folk – avec Lead Belly comme modèle –, contrairement à ses contemporains tournés vers la « pop commerciale ». Cela au moment où le Royaume-Uni vient d’être submergé par une vague identifiée sous le nom de « British blues boom »… Son sens mélodique et sa délicatesse, influencés par Simon & Garfunkel, n’en font pas moins merveille en 1967, avec The First Cut Is The Deepest, cédé pour trente livres sterling à la chanteuse soul P. P. Arnold, ou Matthew and Son, premier d’une longue lignée de tubes.

Long cheminement intérieur

Premier coup d’arrêt en 1969. Son ascension s’interrompt quand il doit être hospitalisé pour une tuberculose. Quand il en émerge, à l’aube des années 1970, le dandy glabre aux chemises à jabot du Swinging London s’est métamorphosé en barbu taciturne et mélancolique. C’est avec un tombeau pour une ancienne amante, pourtant toujours en vie aujourd’hui, Lady d’Arbanville, qu’il ressuscite. Ses albums deviennent des best-sellers, notamment Teaser and the Firecat (1971) – qui sera réédité en version augmentée le 12 novembre.

Lire l’archive de 2011 : Chanteur et croyant, Cat Stevens réconcilié

Confident de la jeunesse désenchantée par la faillite des idéologies (« Tu seras encore ici demain, mais tes rêves peut-être pas », chante-t-il dans Father and Son), Cat Stevens cherche comme beaucoup d’autres une réponse dans le mysticisme, un bric-à-brac qui passe par le bouddhisme, l’hindouisme, le taoïsme, avant de se fixer sur l’islam. Le documentaire montre bien que cette adhésion est l’aboutissement d’un long cheminement intérieur. Celui qui se nomme désormais Yusuf Islam ouvre une école coranique et interrompt sa carrière musicale pendant près de trois décennies.

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