« Ce que gérer veut dire » : la force transformatrice des entreprises

Livre. La gestion des entreprises n’est pas le sujet qu’on associe intuitivement au plaisir de lecture. « Best-seller » accolé à « management » sonnerait presque comme un oxymore. Et pourtant le Covid nous a montré à quel point l’organisation de l’entreprise pouvait générer de passions, de tensions et produire d’innovations, bouleversant notre quotidien.

Il y a seize ans, le professeur en sciences de gestion Armand Hatchuel a commencé à publier dans Le Monde des chroniques sur la vie et les transformations de l’entreprise fondées sur les apports de la recherche. Son recueil Ce que gérer veut dire (MA Editions-Eska) paru fin septembre regroupe toutes ses chroniques dans un hommage à la « bene gesta » romaine.

« Ce que gérer veut dire. Voyage à travers les dérives et les réinventions de l’entreprise contemporaine, Chroniques (Le Monde 2004-2020) », d’Armand Hatchuel. MA Editions-Eska, 304 pages, 30 euros.

Il y décrit, à travers l’analyse des chocs de ce début de siècle – la faillite de Lehman Brothers et la crise des subprimes, le drame du Rana Plaza, la chute de Carlos Ghosn, le phénomène des « gilets jaunes » , etc. –, la force transformatrice de l’entreprise et, concrètement, la capacité d’innovations collectives pour faire face aux « nouveaux monstres » de notre époque.

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La bonne gestion dont il parle explique la responsabilité de l’entreprise dans la société. Théorisée par Cicéron, la « bene gesta » « se veut aussi efficace économiquement qu’intègre et citoyenne ». Et « (…) se reconnaît aux rapports de réciprocité et de solidarité qu’il y a entre des gouvernants et des gouvernés, des représentants et des représentés », écrit-il.

AZF, Enron, Parmalat, Carillion

Pionnier dans l’étude des dynamiques de l’action collective, Armand Hatchuel traite dans son ouvrage des différents protagonistes au sein et autour de l’entreprise : « Les syndicats face aux risques industriels », à propos de l’explosion de l’usine AZF en septembre 2001 ; les salariés en tant que « potentiel d’action » plutôt que comme « un capital humain qui masquerait leur capacité d’apprentissage et d’invention » ; les dirigeants, « Quand les grands patrons doutent », confrontés à une responsabilité et une exposition exacerbée par la mondialisation et la médiatisation, à propos des scandales Enron et Parmalat ; et enfin les actionnaires, et les irresponsabilités de l’entreprise actionnariale, illustrées par une série d’affaires dont les faillites brutales de Carillion (ex-n°2 britannique du BTP) en 2018, suivie par celle du leader mondial du tourisme Thomas Cook en 2019.

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Ce retour sur les seize dernières années de la vie des entreprises se veut « une aide à concevoir des futurs désirables ». Dans ce but, l’ouvrage se conclut logiquement sur la mutation des rapports entre Etats et entreprises, la refondation et la réforme de l’entreprise, avec l’exemple la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, votée le 22 mai 2019) qui crée les sociétés à mission. Définitivement, les sciences de gestion sont pour Armand Hatchuel un recours pour l’action politique.

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