Ce que peut révéler l’ouverture des archives du Vatican sur les silences du pape Pie XII face au nazisme

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Publié aujourd’hui à 10h36

Ce matin du 2 mars 2020, Rome a la tête ailleurs. Au cœur des plaines du nord de l’Italie, l’épidémie de Covid-19, apparue au grand jour dix jours plus tôt, a déjà échappé à tout contrôle, semant dans le pays une terreur que l’Europe entière observe avec une stupeur incrédule.

Malgré ce contexte dramatique, les abords du Vatican, désertés en un clin d’œil par les touristes, sont en proie à une effervescence d’une tout autre nature. La cause en est un événement d’une portée considérable dans le petit monde des chercheurs en histoire contemporaine : l’ouverture au public des archives relatives au pontificat de Pie XII.

Désigné comme pape le 2 mars 1939, au terme du conclave le plus court de l’histoire, Eugenio Pacelli a traversé en près de vingt ans (il meurt le 9 octobre 1958) la seconde guerre mondiale, puis les débuts de la guerre froide, la création de l’Etat d’Israël et le mouvement planétaire de la décolonisation. Son pontificat correspond à une période charnière du XXe siècle, et l’ampleur des fonds mis à la disposition des historiens est proprement vertigineuse : au total, plus de 2 millions de documents, préparés par un long travail d’inventaire et de classification, commencé en 2006.

Solennité et mystère

Mais rien de tout cela ne suffirait à expliquer une telle effervescence. La curiosité du grand public, elle, est concentrée sur une seule question, si explosive qu’elle en éclipse toutes les autres : l’attitude très controversée du pape face au nazisme.

« Ce jour-là, à l’intérieur des archives, il y avait un peu d’excitation mais ça restait studieux. Puis, à 16 h 50, l’appel des vêpres a sonné c’est le signal qu’il faut commencer à ranger ses affaires. Quand je suis sortie, encore un peu dans mes pensées, il y avait toute une troupe de journalistes. C’est comme ça que j’ai été interrogée par une agence de presse, dans la rue, en italien. Ils m’ont demandé : Pouvez-vous nous résumer en une ou deux minutes les débats sur Pie XII et la Shoah ?”. Quelques heures plus tard, mes propos étaient diffusés sur une chaîne info, et mes paroles étaient doublées en français », se souvient en souriant l’historienne Nina Valbousquet, membre de l’Ecole française de Rome (un institut de recherche en histoire, archéologie et sciences humaines et sociales). Elle fréquente, depuis 2012, les archives du Vatican et fait partie de la poignée de chercheurs pouvant, au gré des confinements et des mesures sanitaires, se confronter quotidiennement à ces archives tant fantasmées.

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