« Ce qui se profile est l’effacement de nos télécommandes des chaînes hertziennes au profit de YouTube, Netflix, Disney, Amazon »

Le frein pourrait venir du public, qui regarde en moyenne la télévision 3 h 30 par jour et reste attaché à sa télécommande classique. Il est un peu perdu par les chamboulements mais il s’adapte vite…

L’enjeu est latent mais il donne des sueurs froides aux chaînes de télévision. Leur destin, et celui de la culture, dépend en partie de la bonne vieille télécommande, aux numéros et aux noms qui s’affichent dessus. Ce qui se profile est l’effacement des chaînes hertziennes au profit des plates-formes mondialisées que sont YouTube, Netflix, Disney, Amazon, Google Play… Rien de moins.

Le sujet est décrit par Caroline Sallé dans Le Figaro du 5 septembre, sous ce titre : « Comment les chaînes françaises perdent la bataille cruciale de la télécommande ». Exagéré ? Non, répondent des responsables que nous avons interrogés. On les comprend. Un roman placé en majesté dans la vitrine d’une librairie attire plus le lecteur que s’il est au fond d’un rayon. C’est la même chose pour un programme à la télé. Du reste, au milieu des années 1980, quand la première chaîne est privatisée, plutôt que la 2 ou la 3, le choix est contesté, entre autres parce que le chiffre symbolique et le fait de s’afficher en tête sur la télécommande lui donnent un avantage. Alors si demain il n’y a plus de numéros…

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Le scénario est plausible. Les coréens Samsung et LG, suivis par le chinois TCL ou le japonais Sony, qui dominent le marché des téléviseurs, ont l’Internet pour Graal. Que la télévision se transforme en plate-forme aux contenus multiples ou en moteur de recherche à la Google n’est pas nouveau mais le mouvement s’accélère. 80 % des 4,5 millions de postes vendus chaque année en France permettent d’accéder à des programmes sans fin.

Plus à certains que d’autres. La tendance des télécommandes est à la disparition des chiffres dévolus aux chaînes nationales au profit de boutons gravés aux noms des GAFA. Samsung commercialise déjà une zapette affichant un seul numéro, donnant accès aux chaînes de la TNT du pays concerné, alors que trois boutons sont offerts à des plates-formes, dont Netflix, auxquelles on peut accéder directement.

L’argent des GAFA

Ces boutons offrent un avantage énorme – tout comme être affiché en premier quand on allume le poste – et ils se paient très cher. Les deux camps s’y retrouvent : de l’argent pour les fabricants d’écrans, de la notoriété pour les plates-formes. Amazon joue sur les deux tableaux en s’apprêtant à lancer ses propres téléviseurs ; sa plate-forme y sera en majesté bien sûr. Les chaînes nationales, elles, ne peuvent rivaliser, au risque de l’anonymisation.

Un pays peut-il imposer à un fabricant coréen de conserver un clavier sur la télécommande ? Pas évident. D’autant que le climat ne s’y prête pas. Les chaînes classiques ont profité comme jamais du confinement – pas le moment de se plaindre. Les opérateurs de téléphonie sont concentrés sur la guerre des box – une passion française, en attendant que ces boîtes tombent en désuétude.

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