Cédric O : « France 2030 parie sur de nouveaux acteurs pour construire l’avenir industriel de la France »

Tribune. L’action d’Emmanuel Macron, depuis 2015 et sa nomination comme ministre de l’économie, aura été traversée par une constante : celle de l’importance accordée à l’innovation et à l’esprit d’entreprise, et plus largement à ceux qui l’incarnent. Du voyage en 2015 au CES, le salon des nouvelles technologies de Las Vegas, au plan d’investissement France 2030 en passant par l’incarnation de la French Tech, la présentation des stratégies françaises pour l’intelligence artificielle, le quantique et la cybersécurité, ou encore les multiples échanges avec la nouvelle génération d’entrepreneurs, la volonté du président de la République de faire du renouveau de l’économie française un élément majeur de son identité économique aura résisté aux difficultés du quinquennat et aux caricatures faciles de la start-up nation. Ce récit, plus que jamais d’actualité, est un combat qu’il nous faut porter.

Ce fil rouge procède d’abord d’un constat pragmatique : celui d’une compétition mondiale, où la capacité à innover conditionne la réussite économique. Et en la matière, le constat est cruel pour l’Europe et la France : la quasi-totalité des entreprises qui dominent aujourd’hui le monde technologique et économique sont américaines ou chinoises.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Levées de fonds, soutien public… La French Tech prend le virage de l’industrie

Ces entreprises ne sont pas seulement étrangères, elles sont souvent « jeunes » : sur les dix premières capitalisations mondiales, huit sont des entreprises de la tech, et six n’existaient pas il y a vingt-cinq ans. Les groupes qui composent le CAC 40 ont, en moyenne, plus de 100 ans de moyenne d’âge. Ce dernier fait dit tout de ce que nous fûmes, et tout ce que nous ne sommes plus. Ce sont bien les Clément Ader, Marie et Pierre Curie, Auguste et Louis Lumière, Louis Pasteur, Louis Peugeot qui ont fait la prospérité récente de notre pays. C’est cette exceptionnelle vague d’innovations du XIXe siècle – et, dans une moindre mesure, sa réplique des années 1945-1960 (aérospatiale, nucléaire, etc.) – qui a posé les fondements du rayonnement technologique et économique de la France et de son modèle social. Ces forces historiques – l’aéronautique, le luxe, la chimie – disent aussi ce que nous avons raté : un tissu entrepreneurial qui ne se renouvelle pas est un tissu pour partie condamné.

D’un combat à l’autre

Le pari de la French Tech, porté depuis 2015 par Emmanuel Macron, c’est d’abord celui-ci : renouer avec le génie français, celui des femmes et des hommes qui ont fait la recherche, les entreprises et les inventions françaises. Ce génie n’avait pas disparu : la France est encore aujourd’hui le 2e pays au nombre de médailles Fields de mathématiques, et la qualité des chercheurs et des ingénieurs français est reconnue dans le monde entier. Mais nous exportons allègrement ces talents, faute de leur offrir le contexte propice à leur épanouissement. A cet égard, la surreprésentation des Français parmi les plus hauts responsables de l’intelligence artificielle chez Facebook, Google, Amazon, Netflix en dit plus long que n’importe quelle statistique. Pour polémiques qu’elles aient été, l’introduction de la « flat tax », la réforme de l’ISF ou encore la réforme du marché du travail auront permis cela : conserver en France les femmes et les hommes sans lesquels notre avenir collectif n’existe pas, mais ces mesures auront aussi permis la création de centaines de milliers d’emplois, l’émergence de nouveaux champions technologiques, de gagner sept places au classement mondial de l’innovation établie par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle.

Il vous reste 45.37% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.