Cédric O : «L’entrée en Bourse de Believe est un moment historique»

En entrant aujourd’hui à la Bourse de Paris, la start-up spécialisée dans la musique ouvre la voie à d’autres start-up . Entretien croisé avec son PDG Denis Ladegaillerie et le secrétaire d’État au numérique Cédric O.

C’est le jour J pour l’introduction en Bourse à Paris de Believe. Un moment « presque historique » selon Cédric O, le secrétaire d’État au Numérique. Comme beaucoup d’acteurs de la French Tech, il parie sur le début d’une « longue série », qui verrait les start-up françaises miser sur le marché parisien plutôt que sur le Nasdaq américain. Cette opération reste certes modeste au regard des dizaines de milliards levés par les Américains, mais elle symbolise un certain renouveau. Believe, valorisée 2 milliards d’euros, lève 300 millions d’euros. Une somme destinée à financer la croissance de l’entreprise au cours de trois prochaines années.

Le Figaro – Comment interprétez-vous l’arrivée de Believe à la Bourse de Paris ?

Cédric O – Il ne faut pas minimiser l’importance de ce qui va se passer. Il y a eu peu d’introductions en Bourse d’entreprises de la Tech. C’est un moment presque historique, qui ouvre une nouvelle ère. Cette année, la French Tech devrait battre à nouveau ses propres records de levées de fonds. Paris a les moyens de s’imposer comme la place technologique de l’Europe.

C’est une analyse que vous partagez ?

Denis Ladegaillerie, PDG de Believe-. Oui, tout à fait. Le choix de Paris était logique. Le siège de Believe est à Paris, nos capacités techniques et opérationnelles sont en France. La France et l’Europe sont des zones importantes pour notre activité. La cotation à Paris est plus logique, d’autant que nous avons le soutien de la place. Nous avons certes eu une forte pression d’un investisseur américain pour privilégier Wall Street, mais je pense qu’aujourd’hui, il y a un vivier d’investisseurs intéressants à Paris. Je préfère une valeur visible à Paris plutôt qu’une petite société aux États-Unis, dont l’activité n’est pas centrée sur les États-Unis.

Paris dispose des ressources financières suffisantes pour absorber une nouvelle vague d’introductions en Bourse ?

Denis Ladegaillerie -. Nous avons essuyé les plâtres, avec nos premières levées de fonds plus importants que les autres. Nous avons vu l’évolution et la structuration de l’écosystème, avec des investisseurs qui ont intégré le mode de croissance d’entreprises telle que la nôtre. Il faut avoir des sociétés cotées en France avec des actionnaires significatifs qu’ils puissent capturer la création de valeur et que les fonds américains, asiatiques ou chinois ne soient pas les seules à en profiter ! Notre objectif est de devenir le leader mondial de notre secteur. Nous sommes présents dans 50 pays, réalisons 35% croissance par an. Nous allons contribuer à créer un nouvel état d’esprit pour accompagner plus d’entreprises comme la nôtre.

Cédric O -. C’est la première grosse opération post mise en place des fonds Tibi. Quelque part c’est un bon test pour nous. Je sais que cela ouvrira la voie à d’autres start-up qui s’y préparent activement.

Pensez-vous qu’un cercle vertueux est amorcé ?

Cédric O -. Nous sommes en train d’ouvrir une nouvelle page. OVHCloud a fait part de son intention de se coter à Paris. D’autres entreprises devraient suivent prochainement. Si on veut que les prochaines très grandes entreprises françaises soient dans le CAC 40 et pas dans l’indice phare d’une Bourse étrangère, c’est maintenant que ça se joue !

Denis Ladegaillerie -. Cette opération a plusieurs objectifs : nous financer, gagner en visibilité, mais aussi associer les salariés à la croissance de l’entreprise, avec des plans d’actionnariat salarié. Nous pourrons aussi mieux embarquer les managements des entreprises que nous rachèterons. Nous voudrions avoir une base actionnariale très forte et française, qui corresponde à notre activité, même si Technologie Crossover Venture reste notre plus gros investisseur. Il est très satisfaisant de constater que plusieurs profils d’investisseurs s’intéressent à Believe, depuis ceux qui ont des profils plus traditionnels, jusqu’aux spécialistes de la tech en passant par des actionnaires individuels. Quand on distribue des artistes ultra-populaires il est très satisfaisant de voir des actionnaires individuels investir.

Cédric O -. Cette introduction en Bourse contribue à la rencontre entre les actionnaires individuels et la French Tech. Il y a un début de demande pour aller vers ces valeurs technologiques. Nous espérons que cela incitera les intermédiaires à créer les produits de détails qui y répondent.

Denis Ladegaillerie -. Nous contribuons à créer les outils pour identifier un écosystème, l’aider à grandir et lui apporter des solutions. L’étape d’après, c’est conserver les entreprises en France et développer la base d’investisseurs. L’introduction en Bourse n’est que le début pas une fin en soi. Nous allons démontrer notre capacité à augmenter notre rentabilité dans le temps, notre capacité à utiliser les données, l’intelligence artificielle pour aider des artistes à se développer. Et plus il y aura d’entreprises, plus cet écosystème sera puissant.