« Cela a tout l’air d’une nouvelle révolution culturelle » : à Hongkong, la censure dépasse la fiction

Lors d’une projection du film anti-Pékin, Ten Years, le 1er avril 2016, à Hongkong.

Jusqu’à l’annonce, pas vraiment inattendue, des nouvelles consignes en matière de censure des films produits et montrés à Hongkong, tombées le 11 juin, la mission des censeurs hongkongais était assez classique : elle portait principalement sur la nudité, les scènes de sexe, de violence, de torture, etc. Elle devait prendre en compte les sensibilités locales sur les questions religieuses ou raciales, mais, globalement, et contrairement au public chinois, les cinéphiles de Hongkong ont toujours eu accès à un échantillon assez éclectique de la production cinématographique mondiale.

Mais les censeurs de l’ancienne colonie britannique ont désormais une tâche infiniment plus compliquée et plus risquée. « Lorsqu’il analyse le film dans son ensemble et son impact sur les spectateurs, le censeur doit tenir compte de son obligation de prévenir et d’empêcher tout acte ou toute activité pouvant constituer une menace pour la sécurité nationale », indique l’amendement au décret sur la censure.

Il doit faire preuve de « vigilance » contre la représentation à l’écran « d’un acte ou d’une activité qui pourrait s’assimiler à un délit mettant en danger la sécurité nationale ». Un film qui serait « objectivement et raisonnablement susceptible d’être perçu comme soutenant, encourageant, glorifiant (…) de tels actes ou de telles activités devra également être censuré ». Le texte précise qu’il s’agit de « sauvegarder la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale de la République populaire de Chine » et ce « au nom du peuple de Hongkong ».

La peur de la « ligne rouge »

Depuis la promulgation d’une loi pour la préservation de la sécurité nationale (LSN) préparée et imposée par Pékin à sa région administrative spéciale le 30 juin 2020, tous les aspects de la société hongkongaise sont peu à peu soumis à la terrifiante « ligne rouge », dont personne ne sait exactement où elle se situe mais que tout le monde redoute de franchir. En vertu de la LSN, une cinquantaine de membres de l’opposition pro-démocratie sont poursuivis pour « sédition », accusés d’avoir organisé ou participé à des primaires.

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Dès lors, par précaution, les censeurs vont-ils interdire les fictions parlant d’élections, de révolutions, de mouvement d’indépendance, les films d’espionnage, de guerre, les scénarios de trahison ou de complots ? « Pour mes amis artistes locaux comme pour moi, cela a tout l’air d’une nouvelle révolution culturelle. Ils ont commencé à interdire certains livres dans les bibliothèques, à dire que c’est la police qui décidera si un tableau a sa place au musée ou non, maintenant ce sont les films… Je perçois une peur sincère parmi la plupart de mes confrères, tous envisagent de quitter Hongkong ou de continuer dans la clandestinité », confie l’artiste Kacey Wong, lui-même réalisateur de films performances.

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