Céline Sciamma : « S’engager rend toujours vulnérable »

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Publié aujourd’hui à 00h14

En quatre films, la réalisatrice Céline Sciamma, 42 ans, s’est imposée comme la représentante d’un nouveau genre de cinéma d’auteur sensible et exigeant. Primé à Cannes, son Portrait de la jeune fille en feu a fait le tour du monde, premier film français visionné à l’étranger avec 1,5 million d’entrées en 2020 et objet d’un culte particulier. Elle revient en salle avec Petite maman, un conte poétique, filmé à hauteur d’enfant.

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Je ne serais pas arrivée là si…

… Si je n’avais pas grandi dans une fratrie. C’est l’élément le plus constant et le plus constitutif de ma vie. Quelque chose d’essentiel. Je le dis avec d’autant plus de conviction que j’ai bien réfléchi à votre fameuse question ! Je me suis interrogée sur les points de bascule qui ont émaillé mon parcours, mais sans parvenir à distinguer d’instant « décisif » ou de tournant « majeur ». Pour débusquer la vérité, il faut remonter le plus loin possible dans le temps. Et la fratrie s’impose alors : cette sœur, plus jeune que moi de trois ans, et ce frère, le benjamin, de sept ans. C’est l’accompagnement le plus long de ma vie. Et bien davantage : le soutien le plus inconditionnel. Au fond, c’est la première unité fondée sur la solidarité, la confiance, le soin des uns pour les autres. Et puis le jeu !

Parce que c’est joyeux ?

Ah oui ! Qu’est-ce qu’on rit ! On échange quotidiennement et leur parler, ne serait-ce que quelques minutes au téléphone, c’est la garantie de rire, même quand on évoque des choses graves. Mon frère et ma sœur sont mes confidents. Nous continuons de grandir ensemble.

Avez-vous toujours ressenti la force de ce lien ?

Mon tout premier souvenir est la naissance de ma sœur. Mais j’ai la sensation que c’est lorsque mon frère est né que la fratrie s’est instantanément soudée. Un trio a surgi, bien plus fort que le duo. Et à partir de ce moment-là, on a formé une équipe. Nos parents étaient très jeunes puisqu’ils m’ont eue à 21 ans. Je me suis d’autant plus senti une vraie responsabilité d’aînée : être attentive, créative, une sorte de modèle. Mais tout cela passait par le jeu : chanter, danser, faire du sport. Notre environnement y était propice. On vivait à Cergy-Pontoise [Val d’Oise], une de ces villes nouvelles qui me passionnent et qui sont des lieux pensés pour les enfants. On peut traverser la ville sans croiser une voiture, et il y a même un petit bois. Vous imaginez notre liberté de gosses, toujours à l’extérieur ? Il y avait de la place pour nos jeux et passions respectives. Et une dynamique d’humour permanent. Mon frère est d’ailleurs devenu humoriste.

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