Céline Thibault et Géraud Pellottiero, les derniers rois de l’écorce

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Publié aujourd’hui à 17h00, mis à jour à 17h30

En ce moment même, Toulon célèbre l’architecture d’intérieur en accueillant différentes expositions et installations dans le cadre de sa Design Parade. Au premier étage de l’ancien évêché, « Biceps en bord de mer pour bijoux d’architecture », de Céline Thibault et Géraud Pellottiero, se déploie sur deux pièces, dont la plus petite est conçue comme une ode aux paysages et savoir-faire azuréens et provençaux.

Sur les murs violets, des motifs floraux apposés au block print retracent l’histoire des indiennes, ces tissus imprimés au XVIIe siècle à Marseille. La porte est encadrée de moulures en céramique locale de couleur jaune tandis qu’au mur sont accrochées une photo des jardins de lavandes du MuCEM et une applique Lei Mauras (« les Maures » en provençal, ou, selon leurs créateurs, « L’esprit de la forêt des Maures »). Avec son ampoule semblable à un œil de cyclope, et sa forme de masque, l’objet, accroché à hauteur de regard, intrigue les visiteurs.

Difficile de reconnaître le matériau qui le constitue. On hésite entre le bronze vieilli et la peau d’éléphant… Les Méridionaux identifieront au premier coup d’œil ce qui chez eux s’appelle une couasse ou une conque, termes désignant un plateau de forme oblongue découpé directement dans un bloc de liège brut.

Pour cette réalisation, Céline Thibault et Géraud Pellottiero ont choisi de laisser apparaître la partie de l’écorce sombre et rugueuse, alors qu’habituellement on ne voit que la face intérieure, plus claire, de ce matériau lisse et isotherme, tellement imperméable que, de Marseille à Saint-Tropez, il fait traditionnellement office de plat pour servir la bouillabaisse ou l’aïoli.

Un trésor longtemps ignoré

Cette volonté de prendre le liège à rebours s’accompagne d’une démarche minimaliste : les couasses sont préparées par les Junqué, une famille d’exploitants et de transformateurs implantée à proximité de la forêt des Maures, dans le Var. Le duo de designers s’est contenté d’y visser une ampoule et un support en laiton percé pour donner naissance à son artefact. « Nous veillons à choisir les couasses les plus expressives », explique Géraud. « Nous observons de près les dessins de l’écorce et les aspérités qui forment des lignes abstraites puissantes », renchérit Céline.

Le tronc d’un chêne-liège dont le liège a été partiellement levé afin que l’arbre reste protégé des insectes et du feu. Jean Pellottiero, le grand-père de Géraud, Il porte les haches qui servent à lever l’écorce des chênes-lièges. Des couasses.

Ce travail avec les couasses de liège a démarré il y a deux ans. A l’époque, elle est designer textile et lui architecte d’intérieur, quand ils décident de se présenter ensemble au concours de la Design Parade Toulon. La consigne : agencer une pièce sur le thème « Au bord de la Méditerranée ». Ils dessinent alors Zoù Maë !, une salle de bains entièrement réalisée en matériaux locaux, dont un claustra et une baignoire en savons fabriqués à Toulon.

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