« Ceux qui font des vins vraiment libres n’ont rien à faire de ces breloques » : aux concours viticoles, les absents n’ont pas toujours tort

« Les médailles sont désuètes, et je me sers de la plupart des guides pour allumer ma cheminée. » Si certains vignerons courent après les honneurs et les récompenses, c’est peu dire que Bertrand Jousset les dédaigne. Installés à Montlouis-sur-Loire (Indre-et-Loire) depuis 2004, lui et son épouse, Lise Jousset, ont beau produire quelques-uns des plus émoustillants chenins de la Loire, ces militants des vins sans intrants revendiquent un parcours hors concours. A l’instar du milieu des vins « naturels » réticent au principe des décorations.

« Humainement, cet esprit de compétition ne nous ressemble pas », insiste l’ancien militaire, devenu ouvrier viticole, avant de créer son domaine avec sa compagne, ex-sommelière. « Ceux qui font des vins vraiment libres n’ont rien à faire de ces breloques. » Pour les Jousset comme pour beaucoup de vignerons nature, les concours véhiculent les stéréotypes d’une viticulture conventionnelle qu’ils rejettent autant qu’elle les a rejetés.

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« Nos vins correspondent rarement aux canons en vigueur dans les concours », constate Jacques Carroget, président du Syndicat de défense des vins nature’L. De même qu’il a délaissé les appellations d’origine auxquelles la production de son domaine La Paonnerie, à Vair-sur-Loire (Loire-Atlantique), pouvait prétendre, il a décidé de ne plus concourir pour des médailles. « Je le faisais avant, mais à partir du moment où je suis passé bio, je n’en ai plus gagné une seule. Autant arrêter…, assure-t-il, entre dépit et fierté. L’expression du raisin et la patte du vigneron m’intéressent davantage que les critères d’un jury. »

La crédibilité des dégustateurs mise en cause

Militante des vins naturels depuis la fin des années 1990, la journaliste Sylvie Augereau, créatrice, en 2000, du salon la Dive Bouteille, à Saumur, travaille aujourd’hui sur le septième millésime du domaine qu’elle a acquis, en appellation anjou. « L’exclusion subie par beaucoup de vignerons a été à la fois un découragement et un encouragement. Une façon de souligner leur volonté d’être différent », analyse-t-elle. La néo-vigneronne constate tout de même que « les clivages s’estompent ». En partie grâce à une plus grande ouverture d’esprit des prescripteurs traditionnels. Au point qu’elle se risque parfois à présenter ses vins à des jurys dégustant à l’aveugle : « C’est toujours gratifiant d’être reconnue par des professionnels. »

« Nos vins sont faits pour être bus en mangeant, plus que pour être goûtés et crachés parmi des centaines d’autres. » Eloi Dürrbach, vigneron

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