Changement climatique : qui paiera pour sauver la planète ?

La bonne nouvelle d’abord : limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C est possible. « Les solutions sont disponibles, et beaucoup d’entre elles sont peu chères », notait l’Agence internationale de l’énergie (AIE), jeudi 13 octobre. La mauvaise nouvelle, connue de tous, est que le monde n’est absolument pas en chemin pour y arriver.

Pour rester à + 1,5 °C de hausse, l’humanité peut encore émettre en tout et pour tout 325 gigatonnes de CO2. Au rythme actuel, ce « budget carbone » sera épuisé dans huit ans. Pour 2 °C de réchauffement, il tiendra environ vingt-cinq ans. Et c’est tout. Au-delà, chaque émission supplémentaire signifie un réchauffement plus virulent.

Le grand écart entre le scénario espéré, pour lequel se sont engagés les pays du monde entier lors de l’accord de Paris en 2015, et la réalité s’explique en grande partie par un problème : l’économie. Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, comme le promet notamment l’Union européenne (UE), il faut changer le système électrique, éteindre les centrales à charbon, mettre fin aux véhicules à essence, mieux isoler les logements, remplacer les chauffages par des pompes à chaleur, inventer de nouveaux processus industriels pour l’acier et le ciment… Le chantier est gigantesque et coûteux.

Alors que la COP26 débute le 1er novembre à Glasgow, en Ecosse, Le Monde tente de répondre à deux questions de base : comment financer la transition écologique ? Et qui paie ?

« Verdir » la production électrique

Commençons par rencontrer un « optimiste » – c’est lui qui le dit. « Je pense qu’il y a 30 % de chances de limiter le réchauffement à 1,5 °C », estime Adair Turner, dans un grand sourire. Le Britannique a été, entre 2008 et 2012, le président du Committee on Climate Change, l’organisme étatique qui conseille le gouvernement britannique sur sa stratégie en la matière. Il a aujourd’hui monté un cercle de réflexion, l’Energy Transitions Commission, qui cherche à déterminer les scénarios les plus crédibles pour atteindre la neutralité carbone à travers le monde. Sa conclusion : « La transition climatique d’ici à 2050 aura un impact nul sur le niveau de vie ou le PIB [produit intérieur brut] par habitant. » En clair, économiquement, les gens ne souffriraient pas de cette transition. « Mais ça ne veut pas dire que la transition n’a pas de coût », corrige-t-il immédiatement.

Explication. Son scénario − il en existe des dizaines relativement similaires − consiste à suivre les étapes suivantes. Il faut d’abord « verdir » la production électrique, avec de l’éolien et du solaire (et dans son cas, du nucléaire) ; ensuite, il faut « électrifier » l’économie : les voitures deviennent électriques, le chauffage électrique est généralisé, la production d’acier se met à fonctionner avec des fours à arc électrique…

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