Chantier du RER E : Valérie Pécresse annonce un dépassement de budget de plus de 1,7 milliard d’euros

Le chantier du RER E près de la porte Maillot, le 6 septembre 2021.

La présidente de l’autorité régionale des transports d’Ile-de-France, Valérie Pécresse, a dénoncé, jeudi 7 octobre, un surcoût de la part de SNCF Réseau de plus de 1,7 milliard d’euros sur une branche du RER E, qui inclura un profond tunnel entre Paris et la Défense.

Ce chantier, pour lequel le plus grand engin tunnelier de France creuse en ce moment à 35 mètres sous les rues de Paris, doit prolonger la ligne E à l’ouest de Paris jusqu’à Nanterre, puis Mantes-la-Jolie. Il était estimé à 3,8 milliards, mais devrait finalement coûter 5,4 milliards d’euros, a révélé Valérie Pécresse au Parisien.

« SNCF Réseau fait ce qu’il veut et méprise ses financeurs », a lancé la présidente d’Ile-de-France Mobilités et candidate à la candidature pour présidentielle. « Nous sommes en proie à un chantage permanent de sa part, d’interruptions de travaux si on n’avance pas la trésorerie. (…) C’est inacceptable. Cette fois, nous ne pouvons plus payer ! »

Interrogée jeudi par l’Agence France-Presse, SNCF Réseau répond que « des échanges sont en cours avec les financeurs sur le chiffrage », sans donner sa propre estimation.

Crues, « gilets jaunes » et Covid-19

« Des modifications de programmes externes au projet et des contraintes supplémentaires, dont des aléas et imprévus, sont intervenues depuis le début des travaux, auxquels s’ajoute le Covid-19 », a affirmé SNCF Réseau. Ces aléas « demeurent aujourd’hui dans une enveloppe de 30 % du chiffrage initial ».

La SNCF a notamment cité « deux crues significatives de la Seine ainsi que des manifestations particulièrement nombreuses, notamment lors du mouvement des “gilets jaunes”, qui nous ont imposé des démontages d’installations de chantier et des arrêts de production ».

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Selon une source proche du dossier, la SNCF a annoncé ce dépassement mercredi lors d’une réunion technique avec la Ville de Paris, demandant 800 millions d’euros supplémentaires pour le premier tronçon (un tunnel reliant Paris-Haussmann et Nanterre), dont 500 millions avant le 31 décembre 2021.

D’importants surcoûts avaient déjà été annoncés au début de 2021, de l’ordre de 640 millions d’euros. SNCF Réseau s’attendait à de nouveaux dépassements liés à la crise sanitaire.

« Des défis techniques hors normes »

Souvent appelé « Eole », le RER E relie actuellement Chelles et Tournan (Seine-et-Marne), dans la banlieue est, à la gare Saint-Lazare, à Paris. Il s’agit de le prolonger jusqu’à Nanterre à la mi-2023, puis jusqu’à Mantes-la-Jolie (Yvelines) dans un second temps. Il doit notamment être financé par la Société du Grand Paris (1,5 milliard) et la région (1,1 milliard).

La SNCF rappelle qu’il s’agit de « l’un des projets d’infrastructure ferroviaire les plus complexes du monde, se situant en zone hyperdense et relevant des défis techniques hors normes », avec notamment le percement d’un tunnel de 8 km sous la Défense. Le tunnelier Virginie, avec ses 11 mètres de diamètre, devrait arriver à Haussmann-Saint-Lazare le 15 janvier 2022.

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La présidente de la région, ainsi que les présidents des conseils départementaux des Yvelines et des Hauts-de-Seine, que dessert la ligne E, ont condamné dans un communiqué commun ce nouveau dépassement.

Selon eux, SNCF Réseau est « juridiquement responsable du coût et du financement de cette opération » et c’est l’Etat qui doit « directement ou indirectement » le garantir.

Valérie Pécresse compte demander un audit, et à défaut une mission de contrôle parlementaire. « Et tout cela devra se faire cet automne. Sinon, en janvier, Eole s’arrête », a lancé la présidente de région, et candidate à l’investiture de la droite à la présidentielle.

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Le Monde avec AFP