Chez Jymm et Marlène, le bistrot des mariniers de Saint-Mammès

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Publié aujourd’hui à 00h42

Jymm Michaux est assis juste en dessous de Jean Gabin. Tous les deux ont une cigarette aux lèvres et l’air d’attendre quelqu’un. Pour Gabin, c’est peut-être le jeune Delon dans Mélodie en sous-sol, d’où est tirée l’image encadrée au mur. Pour Jymm, c’est l’infirmière, qui lui prépare son semainier. Le patron du Maeva, 81 ans, se réveille. Son bistrot aussi. Il va lever le rideau de fer de la salle d’à côté. Il nous donne des instructions pour l’installation des trois tables et dix chaises en plastique sur la terrasse : « Un peu plus à gauche ! Non, là, juste sous la fenêtre ! »

Marlène et Jymm dans leur bar Le Maeva, à Saint-Mammès (Seine-et-Marne), le 25 juin 2021.

Il est 10 heures. Sa femme, Marlène, est dans la cuisine, à l’arrière. A la grande époque, le Maeva ouvrait à 6 ou 7 heures, et les mariniers descendaient de leurs péniches, juste en face, pour boire un petit noir ou un verre de blanc. Le bistrot était le centre du monde. En tout cas de ce monde : Saint-Mammès, deuxième ville batelière de France, au confluent de la Seine et du Loing. Des centaines de péniches faisaient halte ici, pour des jours, des semaines, attendant de se voir attribuer des marchandises à charger, à la Bourse d’affrètement du village, juste derrière le café. Un passage chez Jymm et Marlène avant d’aller à la Bourse, puis un autre, et ainsi de suite jusqu’à la nuit : musique, danse, une fête quotidienne jusqu’à 1 heure du matin sur la berge du fleuve.

Moins de bateliers

Désormais, la vie, le long de ce fleuve-là, est intranquille. La Bourse a fermé en 2000, avant d’être squattée, à l’automne 2020, par des membres du mouvement écologiste Extinction Rebellion, finalement délogés en mars. Au fil des ans, les bateaux ont grandi : des mariniers moins nombreux, plus endettés, qui n’ont plus la tête à la fête. Puis, le Covid-19 a déréglé un quotidien d’habitudes. Le rideau est resté fermé. « On a été obligés de s’y faire, commente Jymm. J’espère que ça va reprendre. Mais ça ne sera pas comme avant. C’est impossible. »

La patronne Marlène, derrière ses fleurs en terrasse du Maeva à Saint-Mammès (Seine-et-Marne), le 25 juin 2021.

Un jeune homme arrive, s’arrête, donne des nouvelles de sa mère hospitalisée. Il s’assied pour boire son café. Marlène est sortie de l’arrière-salle et tournicote autour des tables, sans jamais s’y installer. « On s’est connus quand j’étais gamin, à un mariage, dit Jymm. J’avais 12 ans, et Marlène 17. » A son retour du service militaire, Marlène était mariée, avec deux enfants. Ils sont partis ensemble, sur une péniche. « La nôtre, c’était une petite, une 38,50 mètres. Un très beau bateau. Il s’appelait comment, déjà ? » Marlène : « Le Maryse ! »

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