Chine : « Le géant immobilier Evergrande est le symbole des limites d’un modèle économique dont Pékin veut s’extraire »

Tribune. Les déboires financiers du deuxième plus grand promoteur immobilier chinois Evergrande ont ravivé les interrogations sur la soutenabilité de la croissance chinoise. Alors que le « Parti-Etat » communiste s’évertue à se donner les moyens de tout contrôler, et à douze mois d’un Congrès qui doit maintenir Xi Jinping au pouvoir au-delà des deux mandats habituels, la matérialisation de ce risque connu ne peut être réduite à sa seule dimension financière.

Evergrande est le symbole des limites d’un modèle économique dont Pékin veut s’extraire.

En 2008, pour faire face à la chute des exportations et des investissements étrangers, moteurs de la croissance d’alors, les autorités chinoises ont ouvert les vannes du crédit. L’urgence de la situation et les liens étroits au niveau local entre autorités politiques, institutions financières et sociétés immobilières ont orienté cette manne vers le secteur de la construction, rapidement mobilisable et gourmand en main-d’œuvre.

29 % du PIB

Il s’est ensuivi une décennie de croissance impressionnante, dans un certain laisser-faire financier. L’importante dynamique du crédit, associée à des opportunités d’investissement limitées pour les ménages, a garanti une hausse continue des prix immobiliers, renforçant l’appétit des investisseurs. Ce faisant, l’immobilier dans son ensemble est actuellement responsable de 29 % du produit intérieur brut (PIB) en Chine, contre 27 % en Espagne, et 20 % aux Etats-Unis en 2007.

Les efforts successifs des autorités centrales pour tempérer ce dynamisme n’ont abouti au mieux qu’à stabiliser le phénomène. La priorité absolue longtemps accordée à la croissance et à l’emploi, couplée aux réticences d’acteurs locaux plus ou moins légitimement intéressés au maintien du statu quo, expliquent ces échecs successifs.

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Cet environnement a permis à un petit promoteur immobilier de la province du Guangdong de passer de 3 milliards de dollars (environ 2,6 milliards d’euros) d’actifs en 2007 à environ 375 milliards aujourd’hui. Dans le même temps, sa dette a explosé pour atteindre un passif équivalent à 2 % du PIB chinois.

Coutumier « d’innovations » financières destinées à contourner les réglementations, le passif d’Evergrande consolidé pourrait s’élever à 3 % du PIB (310 milliards de dollars). En 2017 déjà, les régulateurs avaient fini par bannir des marchés la direction de sa branche assurance. L’affaire en était restée là, en dépit de sorties inhabituellement véhémentes des régulateurs.

Spéculation et népotisme

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