Christian Bernard, directeur artistique du Printemps de septembre : « Aux artistes de se tenir debout, sur les cendres »

Christian Bernard, directeur artistique du Printemps de septembre, « Sur les cendres de l'hacienda », au couvent des Jacobins, à Toulouse, le 15 septembre.

Fondateur en 1994 du Mamco, le Muséte d’art moderne et contemporain de Genève, qu’il a dirigé pendant vingt ans, Christian Bernard a imaginé la programmation du festival en 2008 et 2009, avant d’y revenir depuis 2016. Il présente les trois thématiques de 2021.

C’est la cinquième fois que vous dirigez le Printemps de septembre, entre 2008 et aujourd’hui. Comment réinventer à chaque fois le rapport à la ville ?

La cinquième et dernière fois, oui. Cette édition a été la plus complexe à mettre en œuvre, heureusement les artistes ont été solidaires et généreux pendant cette période difficile. En plus du contexte sanitaire, nous avons perdu plusieurs lieux, comme le musée Saint-Raymond, ou le musée Dupuy et les Augustins, qui sont en travaux. Nous avons donc passé beaucoup de temps à chercher un nouveau site, et je pensais l’avoir trouvé, 5 000 mètres carrés sur l’île du Ramier : j’appelais ce projet le « lotissement du ciel », j’imaginais y finir mon mandat en beauté. Mais nous avons dû renoncer. La ville nous a proposé un autre site, l’ancien hôpital La Grave, derrière l’Hôtel-Dieu dont nous utilisons déjà la chapelle. Nous avons choisi d’investir une grande salle, que nous avons réhabilitée à grands frais. Autre nouveau lieu, Trentotto, sur la rive gauche, qui abrite notamment une immense peinture de Gérard Fromanger (1939-2021) évoquant la guerre du Golfe, et les dessins d’Antoine Bernhart, que d’autres trouvent trop dérangeants pour les exposer. En tout, le Printemps s’étend sur une trentaine de lieux, dans Toulouse et sa périphérie. Plutôt qu’une concentration artistique forte, le scénario est celui d’une dissémination. C’est une grande flânerie à l’échelle de la ville. Nous sommes très présents sur la rive gauche, plus populaire, et cela fait sens pour nous.

Que signifie le titre de l’édition 2021, « Sur les cendres de l’hacienda » ?

Les titres comptent beaucoup pour moi. Chaque projet est un puzzle plein de petites pièces, et à la fin surgit une image : en l’occurrence, ici, celle de l’hacienda en feu. En 1958, on pouvait lire dans L’Internationale situationniste : « Il faut construire l’hacienda. » Cette image a été relayée souvent depuis, comme une alternative possible aux utopies révolutionnaires. Construire des zones de résistance plutôt que de renverser la table, des foyers fortifiés de résistance et de subversion, semblait alors un horizon souhaitable, comme l’a conceptualisé Hakim Bey dans les années 1990 avec ses « zones d’autonomie temporaire ». Mais les marchands d’illusions, même les plus belles, ne sont plus audibles aujourd’hui. Sur le champ de ruines de nos derniers espoirs, il revient désormais aux artistes de se tenir debout. Sur les cendres.

Il vous reste 54.41% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.