Christophe Chassol, ou les vertus de la virtuosité

Christophe Chassol, compositeur et musicien, chez lui à Paris en février 2020.

Avec la pandémie, le monde s’est réduit. Tout étiolé, racrapoté. Comment composer avec ce triste étriquement ? Chacun ses astuces. Christophe Chassol distille les siennes avec classe, entre les gouttes du virus. Qu’il pleuve ou qu’il confine, le musicien d’origine martiniquaise n’a jamais renoncé à son cosmopolitisme, gorgé de rencontres, de souffle et d’imprévu ; soit tout ce dont nous a privés ce maudit Covid-19. « La pandémie m’a fait l’effet d’un sas temporel, j’ai l’impression d’avoir pris dix ans, retrace-t-il. Je me suis pas mal occupé de mon enfant, et, côté boulot, j’ai beaucoup expérimenté. Ce n’était pas si désagréable, en fait. »

Lui qui se dit très « couteau suisse » n’a guère eu de mal à se trouver du pain sur la planche. Cet automne, vous le verrez ainsi, pêle-mêle : présenter un aventureux programme musical, « Ground Control », dont la première sera diffusée le 29 octobre sur Arte ; se livrer à une « ciné-impro » au Musée d’Orsay, le 16 novembre, en marge de l’exposition « Enfin le cinéma ! » ; coanimer l’émission « La quatre saisons n’est pas qu’une pizza », chaque vendredi sur France Musique ; jouer sur toutes les scènes à la ronde, d’Oslo à Venise, d’Olonne-sur-Mer (Vendée) à Istres (Bouches-du-Rhône)…

Ces derniers mois, vous l’avez peut-être vu, de même : goupiller un portrait sonore et visuel de Bruxelles, pour le très chic Kunstenfestivaldesarts ; publier un capiteux EP de Noël, The Message of Xmas, à l’initiative du joaillier Cartier ; signer la bande originale d’un des rares succès cinématographiques de 2020, Tout simplement noir… Mais encore : célébrer la mémoire de son maître, Ennio Morricone, à l’invitation d’un collectif de squatteurs parisiens ; fêter les 50 ans de Company, la comédie musicale de Stephen Sondheim, avec un hommage au poil, façon « trap » ; jouer dans Vénère Invasion Mamers, le film d’action du chanteur Arnaud Fleurent-Didier, en postproduction ; ou collaborer à un album de Philippe Cohen Solal, pionnier des liens entre son et image…

Créations multimédias

Cet inventaire, très incomplet, donne la mesure de l’éclectisme et de l’activisme du bonhomme. A ce titre, Ludi, paru aux prémices de la pandémie, est exemplaire. Après Indiamore (2013) et Big Sun (2015), il s’agit du troisième « ultrascore » de Chassol, ainsi qu’il désigne ses créations multimédias, qui s’écoutent autant qu’elles se regardent. « Ultrascore, à la base, c’est le nom que j’avais donné à un fichier pour faire le ménage sur mon disque dur, précise-t-il. Je célèbre les sonorités du quotidien, en les harmonisant. Ce n’est pas très éloigné de la musique concrète, ou de ce qu’ont fait Steve Reich ou Hermeto Pascoal par le passé. » Chassol part d’images qu’il filme lui-même, avec quelques fidèles, et dont il isole certains sons : chants d’oiseaux, cris d’enfants, bruits divers… Au cours du montage, il les répète, les étire ou les accélère. Avant de révéler toute leur musicalité, en leur greffant de subtiles orchestrations.

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