« Cigare au miel », Selma, 17 ans, déchirée entre deux cultures

Zoé Adjani dans « Cigare au miel », de Kamir Aïnouz.

L’AVIS DU « MONDE » – POURQUOI PAS

Situé en 1993, Cigare au miel suit à la trace son héroïne, Selma, 17 ans, partagée entre ses études, ses premiers émois sexuels, le milieu parental (la bourgeoisie berbère et laïque), et les échos de la menace fondamentaliste qui frappe son pays d’origine. Le film lorgne du côté de son modèle indétrôné, A nos amours (1983), de Maurice Pialat, lui adjoignant le motif très en vogue de l’héroïne déchirée entre deux cultures (ADN de Maïwenn, Sœurs de Yamina Benguigui).

La cinéaste peine à insuffler une quelconque vigueur à son récit d’émancipation
féminine, remplissant sagement son cahier des charges de scènes obligatoires filmées sans
inspiration (scènes de sexe, de fêtes, dîner de famille qui dérape) tout en se donnant des airs
de charge antipatriarcale qui n’a pas froid aux yeux – on pense avec nostalgie aux portraits de jeunes filles de Catherine Breillat.

Comme elle, Kamir Aïnouz a la bonne idée de systématiquement filmer les rapports hommes-femmes comme une guerre ouverte, mais son approche littérale finit de transformer cette ambition féministe en opportunisme thématique. Le sexe est à la fois libérateur et traumatisant, tout comme le rapport de Selma à ses origines – toute chose se retournant prévisiblement en son contraire. Malgré la belle performance effrontée et indolente de Zoé Adjani, Cigare au miel n’offre pour tout spectacle que les frêles tourments d’une pauvre petite fille riche.

Film français de Kamir Aïnouz. Avec Zoé Adjani, Amira Casar, Lyes Salem (1 h 36).