« Cigarettes et chocolat chaud », sur Chérie 25 : Gustave Kervern en père indigne et poétique

Denis Patar (Gustave Kervern) dans « Cigarettes et chocolat chaud » (2016), de Sophie Reine.

CHÉRIE 25 – JEUDI 19 AOÛT À 21 H 05 – FILM

Où Gustave Kervern chausse les bottes de Viggo Mortensen. Celles d’un père qui refuse de plier ses enfants aux règles d’un monde moderne qui leur répugne, au nom d’une idéologie et du souvenir d’une mère disparue.

La comparaison entre Cigarettes et chocolat chaud et Captain Fantastic (2016) est une source presque inépuisable d’enseignement sur la largeur de l’Atlantique (les grands espaces contre les pavillons, l’esprit puritain contre l’Etat-providence…), mais il serait injuste d’y réduire le premier film de Sophie Reine. Celui-ci est aussi une comédie rêveuse, maladroite, mais chaleureuse.

Gustave Kervern tient avec toute la lassitude requise le rôle de Denis Patar, un vétéran de combats oubliés (la lutte contre la réforme des universités instaurée par Alain Devaquet, par exemple), que la mort d’une épouse adorée a laissé chargé de deux filles, Janine (Héloïse Dugas), ainsi nommée en hommage à David Bowie, et Mercredi (Fanie Zanini), qui doit son prénom importable au jour de la naissance du chanteur. La collégienne et l’écolière se plient sans difficulté aux idiosyncrasies de l’éducation paternelle, qui leur enseigne la reprise individuelle (ils pique-niquent dans les rayons d’un supermarché) et l’insubordination dans la joie.

Justesse poétique des gags

Pendant ce temps, le veuf mélancolique se démène avec ses deux emplois (le jour dans une jardinerie, la nuit dans un sex-shop), au risque de n’être jamais là quand ses filles ont besoin de lui. Après avoir été une fois de trop chercher la cadette au commissariat, Denis Patar reçoit la visite d’une travailleuse sociale aussi raide qu’il est flottant. Camille Cottin se débrouille très bien pour donner à son personnage, baptisé Séverine, les tics langagiers, les gestes convenus propres à sa fonction. L’assistante sociale convoque le père indigne à un stage visant à lui faire assimiler les fondements de la responsabilité parentale. Jusque-là tout va bien : l’originalité de la distribution des rôles, la justesse poétique des gags surprennent et donnent envie d’aller plus avant dans cet univers à la frontière entre la fantaisie et la peinture détaillée d’un processus social.

Mais une fois passées les premières sessions du stage de paternité responsable, Cigarettes et chocolat chaud peine à maintenir dans les airs toutes les balles que le scénario y a lancées. Au seuil de la satire, la réalisatrice hésite, lance à la moitié du film un élément déroutant et bouleversant (une maladie) qu’elle neutralise en fin de parcours, mène sans trop d’assurance l’idylle qui se noue entre la représentante de l’ordre familial et son contempteur. Le souci du confort du spectateur finit par l’emporter sur le désir de bousculer l’orthodoxie du film familial.

Cigarettes et chocolat chaud, de Sophie Reine. Avec Gustave Kervern, Camille Cottin (Fr., 2016, 110 min).