Cinéma : « D’où l’on vient », une comédie musicale sucrée et virtuose

Anthony Ramos, dans « D’où l’on vient », de Jon M. Chu.

L’avis du « Monde » – A voir

Adapté de la comédie musicale de Lin-Manuel Miranda, immense succès public à Broadway, D’où l’on vient est le portrait tour à tour réaliste et enchanté de Washington Heights (« The Heights »), un quartier du nord de Manhattan, et de sa population majoritairement hispanique. Nous suivons les destins croisés de quatre jeunes Latinos tiraillés entre leur envie de croire encore au rêve américain et les désillusions qui parsèment leur quotidien d’enfants d’immigrés.

Précarité, discrimination, gentrification, sort des sans-papiers, échec de l’assimilation, fierté communautaire : D’où l’on vient se veut un étrange objet qui parvient gracieusement à conjuguer un fort ancrage social avec les exigences hors sol du grand divertissement.

Fidèle à la pièce, le film se pare d’une conscience politique passée au tamis d’un imaginaire Disney Channel, sans doute exigée pour séduire les ados américains d’aujourd’hui.

Grande habileté

Opportunisme ou pas, le film n’en reste pas moins précis et conséquent dans sa manière de vouloir épuiser toutes les dimensions de son sujet et de la réalité de la communauté qu’il filme, sans jamais souscrire au misérabilisme ni à la victimisation.

Aux manettes, le cinéaste Jon M. Chu (Sexy Dance 3D, Crazy Rich Asians) confirme une nouvelle fois sa très grande habileté dans le registre de la comédie musicale, capable de faire surgir, au beau milieu d’un film sucré pour ados, quelques moments de pure virtuosité plastique. La preuve renouvelée que le cinéaste a très bien assimilé toutes les grandes références du genre, de Jacques Demy à Stanley Donen, qu’il réactive et adapte à la nouvelle génération de spectateurs.

Film américain de Jon M. Chu. Avec Anthony Ramos, Leslie Grace, Corey Hawkins (2 h 23).