Cinéma : « Le Milieu de l’horizon », une famille dans la tourmente

Luc Bruchez et Laetitia Casta dans « Le Milieu de l’horizon », de Delphine Lehericey.

L’AVIS DU « MONDE » – « À VOIR »

Vêtements humides qui collent à la peau, sueur perlant aux fronts, horizon tremblant sous l’effet de la chaleur, lumière blanche écrasant les contrastes : l’ambiance est posée. Elle ne variera pas. Car le deuxième long-métrage de la réalisatrice suisse Delphine Lehericey, Le Milieu de l’horizon, nous ramène durant la canicule de 1976, dans un coin de campagne française, où vivent Nicole (Laetitia Casta), Jean (Thibaut Evrard), et leurs deux enfants.

Le couple, qui tient un élevage de poulets, tente de maintenir la tête hors de l’eau. Les cadavres de volaille se multiplient chaque jour, la température rend les tâches quotidiennes plus ardues, les crispations s’accentuent. Quelque chose menace, se prépare, que le film tient à distance, grâce au regard innocent à travers lequel nous parviennent les faits. Celui du jeune fils, Gus (Luc Bruchez), 13 ans, pour qui c’est le début des grandes vacances.

Un séisme

Il aide à la ferme, parcourt la campagne à vélo, s’éveille à la sexualité et surtout observe. Il est le guide par qui nous découvrirons les changements en train d’opérer dans le milieu rural et les bouleversements intimes auxquels se confrontent les adultes. A commencer par Nicole, qui se lie d’amitié avec Cécile (Clémence Poésy) et dont elle ne tarde pas à tomber amoureuse. Gus surprend un baiser – un séisme pour lui, mais aussi pour sa famille qui ne sera jamais plus comme avant. A l’image du monde agricole qui se transforme tout autour. A l’image aussi du petit garçon dont l’enfance s’achèvera avec cet été-là.

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Adapté du roman de l’écrivain lausannois Roland Buti, Le Milieu de l’horizon, tourné en 35 mm, possède le grain des films anciens auquel la cinéaste adjoint le souffle des grands espaces. Dans cette atmosphère qui fait ressentir la chaleur, les personnages tanguent, avancent et se modifient tout au long d’un récit où le drame affleure. Lequel nous est restitué de façon vibrante parfois, amoindri à d’autres moments, quand la mise en scène semble elle aussi s’abandonner à la torpeur. Privé de rythme, le film alors s’affaiblit.

Film belgo-suisse de Delphine Lehericey. Avec Laetitia Casta, Luc Bruchez, Clémence Poésy (1 h 32).