Claire Mellier : « La notion d’équité devrait être au cœur des débats de la COP26 »

Claire Mellier est l’une des initiatrices de la première assemblée mondiale de citoyens sur le climat qui a démarré ses travaux en octobre. Auparavant elle a participé à la conception ou à l’animation d’une dizaine d’assemblées citoyennes sur la crise climatique, dont celles du Royaume-Uni et d’Ecosse, et a aussi observé en tant que chercheuse la convention citoyenne pour le climat en France. Elle explique l’intérêt et les difficultés d’un panel mondial, et montre aussi comment les modes d’organisation de ces dispositifs, en donnant plus ou moins de marge de manœuvre aux citoyens, peuvent jouer un rôle dans les conclusions qui en découlent.

L’assemblée citoyenne mondiale sur le climat va présenter le 1er novembre ses premières recommandations dans le cadre de la COP26. Pourquoi avoir organisé ce dispositif ?

Le changement climatique est une crise à l’échelle mondiale, mais les décisions qui permettraient d’y remédier dépendent des politiques publiques que seuls les Etats ont le pouvoir de mettre en place à l’échelle nationale. Malheureusement, on voit bien que le processus de gouvernance mondiale mis en place au sein de la COP et fondé sur les négociations entre Etats n’est pas suffisamment efficace. On entame la 26e édition et les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter. Les engagements pris par les Etats à ce jour mènent la planète vers un réchauffement climatique de 2,7 °C à la fin du siècle.

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L’idée de réunir une assemblée de citoyens est née de ce constat d’échec de notre système de gouvernance, et de la volonté de chercher des leviers efficaces. Elle a été initiée par des chercheurs, des membres de fondations, des spécialistes de la démocratie participative parmi lesquels le Conseil danois de la technologie, la Fondation pour l’innovation en politique [en Afrique] et l’université de Canberra [Australie].

Les financements proviennent de fondations et d’organisations philanthropiques. Un échantillon de la population mondiale peut-il dépasser les clivages politiques et géopolitiques en apportant une expertise citoyenne ? C’est ce que cherche à montrer ce processus expérimental.

L’expérience est inédite à l’échelle de la planète. Comment travaillez-vous ?

L’assemblée est composée de cent citoyens tirés au sort, représentatifs de la population mondiale dont dix-huit Chinois, dix-huit Indiens, cinq Américains, dix-sept Africains… Elle est aussi représentative des disparités de développement dans la population mondiale : environ 60 % des citoyens tirés au sort gagnent moins de dix dollars par jour.

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