Clara Luciani : « Les enfants harcelés développent d’autres atouts »

Par Annick Cojean

Publié aujourd’hui à 02h46

Son premier tube, La Grenade, est devenu un hymne repris dans les manifestations féministes, et son deuxième album, Cœur, aux accents pop et funky, l’a imposée comme l’autrice-compositrice-interprète phare de sa génération. A 29 ans, Clara Luciani entame, à guichets (presque) fermés, une tournée de concerts dans toute la France.

Je ne serais pas arrivée là si…

Si mon père, en jouant de la guitare, ne m’avait pas inconsciemment poussée à porter sur mes épaules son propre rêve de musique. Il était employé de banque, fou de Paul McCartney, et faisait de la basse avec ses amis et devant ses deux filles, ravies de chanter à ses côtés. C’était joyeux, et je crois bien que toute petite, je m’inventais déjà des chansons.

Et puis soudain, à l’adolescence, j’ai pris conscience que ce papa était sans doute passé à côté de ce qu’il aurait voulu faire de sa vie. Et ce fut un vrai choc. Un jour, il a lui-même formulé ce sentiment : « Tu vois, tous les matins, je me réveille à la même heure, je mets sagement mon costume pour aller travailler et sur le trajet, je me dis que ma vie aurait tellement pu être autrement. » Il ne s’en est pas rendu compte, mais moi, j’ai entendu : « C’est à toi de réaliser mon rêve. » Et son rêve est instantanément devenu le mien.

S’agissait-il d’une injonction à prendre des risques et à tenter votre chance ?

Une injonction à ne jamais avoir de regrets, moi qui nourrissais comme lui un amour inconditionnel de la musique. Avant de quitter la maison pour monter à Paris, à 19 ans, je lui ai dit : « Il faut à tout prix que je m’en aille. Je veux avoir des choses à raconter à mes petits-enfants. » Il a souri… Aujourd’hui, à chaque fois que survient quelque chose de fou et d’inespéré, une Victoire de la musique par exemple, il me taquine : « Tu en auras, des choses à raconter à tes petits-enfants ! »

Formiez-vous une famille très unie ?

Plus que cela ! On forme un monstre à quatre têtes, dans la fusion, pour le meilleur et pour le pire. Et je savoure d’autant plus mes réussites, quand j’en ai, que ma première réaction est de me dire : « Ils vont être trop contents ! » Ce sont d’ailleurs les premières personnes que j’appelle. Mon père, ma mère, ma sœur… Quand j’entends dans l’intonation de leur voix qu’ils sont fiers – la pudeur familiale nous empêche de trop verbaliser les sentiments – c’est du bonheur multiplié par quatre.

Vous souvenez-vous des premières chansons en public ?

Bien sûr. Dans les dîners d’amis, à la maison, il y a toujours eu le rite des chansons de fin de repas auquel mon père se prêtait. Mais dès que j’ai eu 11 ans, on s’est aussi tourné vers moi pour que je fasse ma petite performance. J’avais acheté ma première guitare dans un vide-greniers, et je savais jouer une chanson, une seule pendant des mois : Talkin’ About a Revolution, de Tracy Chapman.

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