Climat : les banques européennes mal préparées à la perte de valeur de leurs actifs fossiles

Sation essence à Annapolis (Maryland, Etats-Unis), le 12 mai 2021.

« Actifs fossiles, les nouveaux subprimes ? » La comparaison a de quoi affoler. Dans un rapport publié jeudi 10 janvier, l’Institut Rousseau et les ONG Reclaim Finance et Les Amis de la Terre s’y risquent pourtant, faisant le parallèle entre les crédits dits « pourris » amassés par les banques en 2008 et leurs actifs actuels liés au financement des énergies fossiles. Leur valeur est en effet appelée à chuter « car le respect de l’accord de Paris sur le climat entraînera une baisse importante et continue de l’utilisation des énergies fossiles », indiquent les auteurs. Cette dévalorisation « pourrait produire d’importantes turbulences, voire générer une nouvelle crise financière », prédisent-ils.

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Cette crainte n’est pas nouvelle. Dans un discours devenu célèbre, prononcé en 2015 devant le gratin britannique de la finance, Mark Carney, alors gouverneur de la Banque d’Angleterre, avait prophétisé que le changement climatique était « la tragédie de l’horizon ». Et il avait mis en garde le monde de la finance sur les « risques de transition » engendrés par une évolution vers une économie bas carbone, qui pourraient transformer les actifs financiers « intensifs en carbone » en « actifs échoués ».

« Les banques ne sont pas préparées »

Ce sont ces « actifs fossiles » que le rapport a cherché à quantifier, c’est-à-dire des produits financiers contribuant au financement des activités d’exploration, d’exploitation, de distribution (y compris le transport, le raffinage…) du pétrole, du gaz et du charbon, et la production d’électricité à partir de ces ressources. L’étude des onze principales banques de la zone euro « révèle qu’elles cumulent un stock de plus de 530 milliards d’euros d’actifs liés aux énergies fossiles », soit l’équivalent de « 95 % du total de leurs fonds propres » (le volume de capitaux détenu par les banques, leur fournissant un matelas de sécurité en cas de coup dur).

Ces actifs représenteraient pour toutes les banques étudiées une part très importante de leurs fonds propres, allant de 68 % pour l’établissement espagnol Santander, à 131 % pour Crédit agricole. « Ceci est d’autant plus grave que ces actifs fossiles ne représentent que la face émergée de l’iceberg gigantesque formé par tous les secteurs qui nécessiteront forcément une transition – aéronautique, automobile, pétrochimie », affirme le document.

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