Clint Eastwood, un chef d’équipe fidèle et respecté

Par

Publié aujourd’hui à 05h00

A 79 ans, Joel Cox est un des derniers spécimens d’une espèce en voie de disparition. Le monteur fait partie de ces nombreux employés des studios hollywoodiens qui, au début des années 1960, ont commencé tout en bas de la pyramide pour progressivement se hisser à son sommet. A l’époque, les écoles de cinéma n’existaient quasiment pas, et les maisons de production assumaient la responsabilité de former et d’aguerrir leurs employés. Joel Cox a ainsi commencé au service courrier de la Warner, avant de devenir assistant monteur sur plusieurs productions maison.

C’est en 1975 en secondant Ferris Webster, alors le monteur attitré de Clint Eastwood, que Joel Cox a travaillé, sur Josey Wales, hors-la-loi. Le réalisateur venait de déménager les bureaux de Malpaso, sa maison de production, de Universal à la Warner. Et il intriguait Hollywood. Parce qu’il était autant la vedette du violent Inspecteur Harry (1971) que l’auteur à la sensibilité exacerbée de Breezy (1973). Parce qu’il appelait systématiquement à voter républicain à l’élection présidentielle et, dans le même temps, insistait pour avoir davantage de comédiens noirs devant la caméra ou avait comme musicien attitré sur Josey Wales, hors-la-loi, Jerry Fielding, autrefois mis à l’index pour ses sympathies communistes par le sénateur McCarthy.

« Nous sommes allés chez Clint, à Carmel [ville du nord de la Californie dont il fut un temps maire] pour la postproduction, se souvient Joel Cox. Ferris Webster n’étant pas complètement disponible, j’ai travaillé sur le montage avec Clint. Une fois notre travail terminé, il m’a dit : “Je ne sais pas quels sont tes plans dans la vie, mais mon projet serait que tu travailles sur tous les films que je ferai.” On peut dire que nous en avons fait quelques-uns. » Les deux hommes ont collaboré sur plus d’une trentaine de films en quarante-six ans de vie professionnelle commune. Leur dernier en date, Cry Macho, où Eastwood joue une star déchue du rodéo, sort le 10 novembre en France.

Un emploi à vie

Les locaux de Malpaso sont toujours situés dans ceux de la Warner, à Burbank, non loin d’Hollywood. Il s’agit d’un bungalow, une petite maison, similaire à tant d’autres sur le campus du studio. Un bureau où le réalisateur se rend en hélicoptère depuis Carmel. Ce trajet est devenu une habitude au fil des décennies. Un exemple parmi tant d’autres de la fidélité du cinéaste. Influencé par le maître du western John Ford – un sujet fréquent de discussion avec son monteur Joel Cox –, Clint Eastwood a pris l’habitude de travailler régulièrement avec les mêmes acteurs et les mêmes techniciens. Jusqu’à mettre sur pied une structure au sein de laquelle certains sont employés, parfois depuis ­plusieurs décennies.

Il vous reste 79.79% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.