Comme nous, les macaques craquent sous la pression

Imaginez-vous face au but, au moment de tirer un penalty qui déterminera l’issue d’un match décisif. Vous êtes dans la phase finale d’une compétition internationale et la suite du parcours de votre équipe repose sur vos épaules. Face à un enjeu aussi important, le risque est élevé que vous ratiez votre tir – comme le malheureux Kylian Mbappé en a fait l’expérience lors des huitièmes de finale du dernier Euro de football, au cours desquels la Suisse a éliminé la France aux tirs au but.

Ce type de contre-performance, qui peut aussi se produire lors d’une présentation professionnelle importante, par exemple, n’est pas le propre de l’être humain, comme on pourrait l’imaginer. Une nouvelle étude, publiée le 23 août dans la revue PNAS, montre que les macaques aussi craquent sous la pression. Une découverte qui éclaire les ressorts de ce comportement paradoxal.

Pour leur expérience, menée en laboratoire, les chercheurs ont entraîné trois macaques rhésus à toucher rapidement une cible sur un écran tactile. « Vous pouvez penser à notre exercice comme au fait de taper une mouche. C’est une petite cible, et vous avez seulement une chance de l’attraper », explique Aaron Batista, chercheur en neurosciences à l’université de Pittsburgh (Etats-Unis), l’un des auteurs de l’étude. Une indication visuelle sur l’écran renseignait les cobayes sur la récompense qu’ils recevraient en cas de succès – une quantité variable de jus de fruit, dont ils raffolent.

De l’importance de l’enjeu

Résultat, plus la récompense attendue par les singes était importante, meilleures étaient leurs performances, en tout cas jusqu’à un certain point. Quand les macaques savaient pouvoir accéder au « jackpot », comme l’ont nommé les chercheurs – une dose de jus dix fois supérieure à la moyenne, qui se présentait dans seulement 5 % des exercices –, alors leurs chances de réussir diminuaient nettement. Leur taux de succès à l’exercice suit ainsi une courbe en forme de U inversé : croissant avec la récompense, il chute quand l’enjeu devient trop important.

Cette surprenante observation était déjà bien connue chez l’être humain. « La loi de Yerkes et Dodson sur la performance est souvent citée pour expliquer le fait de craquer sous la pression. […] Elle dispose que, bien qu’une augmentation du niveau de stress puisse avoir des effets positifs sur la performance (par exemple, en renforçant le niveau d’attention et en stimulant l’intérêt pour une tâche), ce bénéfice n’est valable que jusqu’à un certain point. Des niveaux élevés d’anxiété peuvent en effet drainer les ressources mentales et altérer fortement la performance », écrit Maude Lavanchy, chercheuse en économie et management à l’IMD de Lausanne, dans un article paru sur le site The Conversation.

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