Concert : Thomas Adès outrancier à la Fondation Louis Vuitton

Le compositeur britannique Thomas Adès au piano et le violoniste Pekka Kuusisto à la fondation Louis Vuitton à Paris, le 4 octobre.

Le Britannique Thomas Adès, né en 1971, s’est taillé une réputation de compositeur irrévérencieux mais subtil, dans un langage témoignant d’une rare habileté à détourner les références au profit d’une expression séduisante. Révélé, à 24 ans, par Powder Her Face, un opéra sulfureux que l’on a pu revoir récemment au Théâtre de l’Athénée, à Paris, Adès est devenue une figure majeure de la musique contemporaine dans un rôle de « bad boy » qui ne s’est pas assagi au fil du temps.

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Cheveux poivre et sel, barbichette grisonnante, costume noir et souliers vernis, l’homme paraît bien différent de sa musique, lundi 4 octobre, quand il prend place au piano pour un programme donné en duo avec le violoniste Pekka Kuusisto à la Fondation Louis Vuitton. Pianiste promis à une belle carrière avant de se consacrer à la composition, Thomas Adès a toujours un joli toucher. Il en use sobrement dans la Sonate de Leos Janacek qui ouvre le concert. Sa gestuelle est, en revanche, souvent démonstrative − une main fendant l’air tandis que l’autre court sur le clavier –, comme celle du chef d’orchestre qu’il sera, le 8 octobre, à Radio France. Tandis que Thomas Adès met littéralement en scène la pièce de Janacek, insistant sur les silences, sur l’intensité et donc sur l’espace de la musique, Pekka Kuusisto se contente de « faire » l’acteur (yeux écarquillés, postures de marionnette) en négligeant la justesse des notes.

Crise de la cinquantaine

Après ce numéro de « déséquilibriste » qui va à l’encontre de la notion de duo, le compositeur prend la parole pour, imagine-t-on, présenter en détail ses Märchentänze (« Danses de contes de fées »), qui seront interprétées en création mondiale. De cette partition en quatre volets, écrite pour honorer une commande de la Fondation Louis Vuitton, on apprendra seulement que la troisième a un titre : Une alouette pour Jane (la tante du pianiste). Nouvelle frustration à l’écoute de la musique. Les thèmes, probablement issus du répertoire folklorique, subissent une batterie de variations qui, pour être réglées au millimètre (c’est le cas de le dire pour la troisième danse qui ne sollicite le piano que pour deux notes), n’en relèvent pas moins d’une production de type « arrangement » au kilomètre. Une création de musique contemporaine dans le style de Thomas Adès ? Si c’est le cas, elle témoigne d’une crise de la cinquantaine.

Pianiste promis à une belle carrière avant de se consacrer à la composition, Thomas Adès a toujours un joli toucher

Après l’entracte, le Duo concertant d’Igor Stravinsky semble d’abord mieux convenir aux duettistes du soir car il privilégie la superposition au détriment de l’interaction. Comme pour la Sonate de Janacek, l’interprétation consiste à morceler exagérément le propos, à l’apparenter à une suite de bribes, à un patchwork. Pour laisser penser que ces glorieux aînés ont versé dans une pratique chère au compositeur Adès ? Hypothèse irrecevable pour Maurice Ravel, dont la Sonate no 2 pour violon et piano doit clôturer le concert. Et pourtant… Le premier mouvement évoque une phase de réglage, une tentative de conciliation entre un piano onirique et un violon mordant. Un faux départ en quelque sorte.

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