Condé-sur-Sarthe, la prison des détenus les plus dangereux de France

La prison de Condé-sur-Sarthe.

Un lieu de haute insécurité

Ce 5 octobre, armé d’une lame, Sofiane Rasmouk – condamné à perpétuité pour viol, tentative de meurtre et de viol en 2016 – a agressé et retenu en otage plusieurs heures deux surveillants de la prison d’Alençon-Condé-sur-Sarthe, avant de se rendre. C’est le quatrième incident majeur depuis la mise en service de l’établissement, il y a huit ans. Fin 2013, Rachide Boubala et Fabrice Marius Boromée, qui réclamaient leur transfert vers une autre prison, ont pris en otage un surveillant.

Mais c’est en mars 2019 qu’un attentat va rendre tristement célèbre cette prison : Michaël Chiolo, un détenu radicalisé, poignarde deux surveillants. Ils ont survécu à leurs blessures. « Il y avait du sang partout, c’était une scène de boucherie », témoignait dans la presse Alassane Sall, secrétaire local de Force ouvrière pénitentiaire. Trois mois plus tard, la prison est le théâtre d’un nouvel incident : Francis Dorffer a séquestré durant plus de cinq heures deux surveillants.

Un bunker sous tension

Le village de Condé-sur-Sarthe (2 500 habitants) abrite une des prisons les plus récentes et modernes de l’Hexagone. Mise en service en 2013, elle est réputée pour être « la prison la plus sécuritaire de France », avec celle de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Avec ses portes à effet de sas, ses murs très hauts et son gigantesque mirador, cette prison est un lieu « bunkerisé et très oppressant », décrit Delphine Boesel, avocate et présidente de la section française de l’Observatoire international des prisons (OIP).

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Cet établissement de haute sécurité est divisé en trois quartiers, dont un destiné à la prévention de la radicalisation. « Les détenus vivent dans de petites unités totalement hermétiques les unes par rapport aux autres. Ils n’ont de contacts qu’avec ceux qui sont dans la même qu’eux », poursuit Delphine Boesel. Sans compter que les incidents de 2019 ont poussé le directeur de la prison à durcir sensiblement les règles et les conditions de détention.

Des détenus très dangereux

Les 129 détenus n’ont pas les mêmes profils que ceux des maisons d’arrêt classiques. Ici, beaucoup purgent de très longues peines. Les autres, à l’origine d’émeutes, d’agressions ou de corruption dans leur ancienne prison, ont été transférés à Condé-sur-Sarthe pour être canalisés. Des détenus très dangereux y sont et y sont passés, à l’image de Youssouf Fofana, le chef du « gang des barbares », responsable de la mort d’Ilan Halimi.

Mais aussi Christophe Khider, braqueur ayant à son actif plusieurs tentatives d’évasion dont une avec prise d’otages, Tony Meilhon, l’assassin de Laetitia Perrais en 2011, Smaïn Aït Ali Belkacem, un des responsables des attentats de 1995… En bref, Condé accueille les prisonniers que personne ne veut recevoir. « Quand le procès de Salah Abdeslam [pour les attentats du 13-Novembre] va se terminer, il ne faut pas se leurrer : il viendra à Condé. C’est certain », prévoit Kévin Grippon, surveillant de la prison et syndicaliste local de FO.

Un provisoire qui dure

« Au vu des conditions de détention, l’administration avait estimé qu’un détenu ne pouvait pas rester plus de neuf à douze mois dans cette prison », se souvient la présidente de l’OIP. Cet établissement devait accueillir les détenus difficiles pour un an au maximum, le temps de les recadrer. « Ce n’est absolument pas la réalité », regrette Kévin Grippon. Certains prisonniers y sont depuis l’ouverture, soit huit ans.

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Delphine Boesel note beaucoup de demandes de départ, mais l’étiquette « Condé-sur-Sarthe » bloque les transferts. Et selon elle : « Lorsque le détenu perd l’espoir de partir de Condé, il y a des tensions. Et, vu le nombre de personnes dans cette situation, cette prison est une vraie Cocotte-Minute. » Un détenu comme Sofiane Rasmouk, condamné à perpétuité dans la prison la plus sécuritaire de France, n’a donc plus rien à perdre. C’est à ce moment que le danger survient pour les surveillants, qui parlent de conditions de travail « très difficiles ».