« Confessions d’un rebelle irlandais » : boire une pinte avec Brendan Behan

L’écrivain irlandais Brendan Behan, en 1959.

« Confessions d’un rebelle irlandais » (Confessions of an Irish Rebel), de Brendan Behan, traduit de l’anglais (Irlande) par Mélusine de Haulleville, L’Echappée, 326 p., 22 €.

Aussi fort en gueule que résistant du gosier, le dramaturge et poète dublinois Brendan Behan (1923-1964) a vécu sa vie au rythme des soubresauts des luttes politiques irlandaises et des verres d’alcool qui lui déliaient la langue. C’était dans les pubs qu’il fraternisait, déclamait des vers, chantait des ballades en gaélique et se laissait aller à conter quelques-uns de ses exploits. Atteint de diabète, alcoolique, Brendan Behan mourut à 41 ans. Son œuvre, traduite dans le monde entier, lui survit.

Le premier tome de son autobiographie, Borstal Boy, traduit par Gallimard en 1960 sous le titre Un peuple résistant, fut interdit dans son propre pays jusqu’en 1970 pour obscénité. Behan eut le temps de dicter sur bande magnétique la seconde partie avant de s’éteindre. Ce qui confère à ces Confessions d’un rebelle irlandais – parues chez Gallimard en 1986 et rééditées aujourd’hui à L’Echappée –, récit de ses démêlés avec les forces de l’ordre, une réjouissante liberté de ton, d’une légèreté teintée d’humour.

Dénué d’esprit de sacrifice

Né au sein d’une famille de militants de l’IRA, Brendan Behan s’engagea à l’âge de 16 ans dans la campagne de sabotages et d’attentats à la bombe dite « Plan-S », transportant du matériel explosif jusqu’à Liverpool, afin d’y faire sauter les chantiers navals. Interpellé chez sa logeuse avant de passer à l’action, il fut envoyé dans une maison de correction. Pour un autre attentat prévu à Dublin, en 1942, il passa quelques années en prison puis dans un camp de détention. Provocateur par nature, quoique dénué d’esprit de sacrifice à la cause, il atterrit dans les geôles britanniques dès l’année suivant sa libération, après une rixe avec la police.

A la suite de quoi il prit le ferry, séjourna quatre mois à Paris, plongea dans la Seine du pont Notre-Dame. Il fit la connaissance, à Saint-Germain-des-Prés, de Samuel Beckett et d’Albert Camus, puis croisa le boxeur américain Sugar Ray Robinson dans un dancing de la Côte d’Azur.

Lire aussi(1987) : L’Irlande de Brendan Behan

La France, qu’il visita souvent, plus précisément le Quartier latin qu’il affectionnait, occupe une large part de ses Mémoires. De même que quelques-unes de ses beuveries : « Nous émergeâmes d’un café faisant face à l’hospice des mourants à 8 heures du soir, après avoir quitté notre quartier nord-est natal à 10 heures du matin et j’étais tout de traviole, comme on dit, aussi bien physiquement qu’autrement ; ma tête était tombée sur mon épaule gauche. »

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