« Confusion » : Jane Elizabeth Howard au plus sombre de la guerre

« Confusion. La Saga des Cazalet III » (Confusion. The Cazalet Chronicles. Vol. III), de Jane Elizabeth Howard, traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff, Quai Voltaire, 512 p., 23 €, numérique 17 €.

Sa concitoyenne, l’écrivaine Sybille Bedford (1911-2006), louait sa « grande intelligence littéraire » et son « immense finesse psychologique ». Pourtant, Elizabeth Jane Howard (1923-2014) – qui fut l’épouse de l’écrivain Kingsley Amis (1922-1995) et la belle-mère du romancier Martin Amis – a beau avoir laissé derrière elle une quinzaine de romans, elle demeure beaucoup moins connue que les écrivains mâles qui l’ont entourée.

Ce n’est que récemment qu’on l’a découverte en France avec Une saison à Hydra (1959 ; Quai Voltaire, 2019). Mais c’est plus encore pour sa vaste Saga des Cazalet, inspirée de sa propre vie, qu’on se la rappellera. A l’instar de la célèbre Dynastie des Forsyte, du Prix Nobel John Galsworthy (1867-1933), de la splendide Danse de la vie humaine (Christian Bourgois, 1991), d’Anthony Powell (1905-2000), ou, plus récemment, de la série télévisée Downton Abbey, ce monument en cinq tomes est une tranche d’histoire familiale comme seuls les Britanniques savent les accommoder. Arbre généalogique à l’appui, on y suit, de 1937 à 1947, la vie et le destin d’une famille anglaise enrichie au XIXe siècle par le commerce du bois. En commençant par William et Kitty Cazalet, alias Le Brig et La Duche, mais en s’attardant aussi sur leur descendance, leurs trois fils, Hugh, Edward, Rupert, et leur fille célibataire, Rachel, sur les enfants de leurs enfants, ainsi que sur la domesticité nombreuse des uns et des autres.

Vies privées tumultueuses

Dans le premier tome, Etés anglais (Quai Voltaire, 2020), on était à Home Place, la bien nommée résidence familiale du Sussex, tandis que des nuages s’amoncelaient sur l’Europe des années 1930. Dans le deuxième, A rude épreuve (Quai Voltaire, 2020), qui se terminait fin 1941 avec l’attaque de Pearl Harbor, on déplorait la disparition de Rupert sur les côtes françaises. Lorsque s’ouvre Confusion, ce troisième tome, la seconde guerre mondiale dure depuis plus de deux ans et le chaos est devenu une norme. Il fait écho au tumulte agitant la vie privée de presque tous les membres de la famille, de 1942 à 1945 : Hugh, dont la femme, Sybil, vient de s’éteindre, leurs enfants, à qui – comme à tous les enfants et encore sous le règne de George VI – on n’a jamais parlé de la mort, les cousines Polly et Clary qui, trouvant leur horizon à Home Place de plus en plus étriqué, échafaudent d’improbables plans d’avenir, ou encore la très jeune Louise, qui prépare son joli mariage en se demandant si, en ces temps de rationnement, elle pourra avoir le nombre adéquat de petits choux sur sa pièce montée.

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