Contentieux, retards et malfaçons : à La Réunion, les affres de la route du littoral

Sur le chantier de la nouvelle route du littoral, à Saint-Denis, La Réunion, en mai 2021.

Un trou de 2,5 kilomètres entre deux digues, une feuille blanche technique et financière pour construire cette portion de route manquante, des contentieux à près d’un milliard d’euros avec deux groupements d’entreprises, des malfaçons dissimulées, des retards en cascade… La nouvelle majorité à la tête du conseil régional de La Réunion découvre, depuis le 2 juillet, les affres du chantier de la nouvelle route du littoral (NRL).

Commencés en 2014, les travaux de cet axe de 12,5 km en deux fois trois voies devant relier Saint-Denis à La Possession, sur une partie en viaduc au-dessus de l’océan et une autre en digue, auraient dû être livrés en 2020. Alors que plus des deux tiers sont réalisés, le projet est quasiment à l’arrêt.

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Pour effectuer un état des lieux technique et financier du chantier, la région Réunion a programmé, ce mercredi 27 octobre, une session plénière extraordinaire « spéciale NRL ». « Nous voulons tenir un langage de vérité et de responsabilité, avertit Huguette Bello, présidente (divers gauche) de la collectivité. Il faut que la population et les élus soient informés de la réalité de ce dossier, des perspectives possibles. Combien de fois j’entends des gens me dire : Mi veu roul’la dessus, moin [“Je veux rouler dessus, moi”]. »

Nouvel axe vital

D’après les dernières projections, l’achèvement complet n’est pas envisageable avant 2027-2028. Et le coût, initialement prévu à 1,6 milliard d’euros, dépassera allègrement les 2,2 milliards. « Ce chantier est comme l’océan autour de la Réunion, déchaîné », souffle Mme Bello qui, durant la campagne des régionales contre son prédécesseur, Didier Robert (divers droite), n’avait cessé de fustiger « une route qui ne mène nulle part » et le « choix du tout-voiture ».

Les élus vont débattre sur les solutions possibles pour construire les 2,5 km de route restants, qui devaient initialement passer sur une digue en mer suffisamment éloignée de la falaise

La nouvelle présidente de la région s’est toutefois engagée à terminer ce nouvel axe vital pour l’économie locale avec une moyenne de plus de 66 000 usagers par jour. La NRL, aussi baptisée « route la plus chère du monde », doit remplacer l’actuelle nationale cheminant sous une falaise. Une artère jugée en « fin de vie », régulièrement congestionnée, menacée par la montée du niveau des océans et par des éboulements massifs. Vingt et une personnes y sont décédées depuis 1976 à la suite de chutes de blocs rocheux.

Ce mercredi, les élus vont débattre sur les solutions possibles pour construire les 2,5 km de route restants, qui devaient initialement passer sur une digue en mer suffisamment éloignée de la falaise. Ce scénario paraît aujourd’hui impossible à mettre en œuvre. En septembre 2019, le groupement Vinci-Bouygues et leurs filiales locales (GTOI et SBTPC) avaient demandé la résiliation de ce marché de 298 millions d’euros hors taxes en raison du manque de roches massives dans l’île – il en faudrait 3 millions de tonnes – servant à consolider l’ouvrage, et de l’impossibilité d’exploiter une carrière située à Saint-Leu.

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