« Contes de l’inattendu » : le monde sens dessus dessous de Roald Dahl

Roald Dahl, en 1983.

« Contes de l’inattendu. Nouvelles, romans, récits », de Roald Dahl, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par H. Barberis, J. Bisson, A. Delahaye, E. Gaspar, J. Hérisson, J. Malignon, J.-F. Ménard, M. Rambaud et H. Robillot, édité par Julien Bisson, Gallimard, « Quarto », 1 568 p., 32 €.

Une femme malmenée par son mari l’abandonne dans un ascenseur en panne. Le temps d’une nuit, deux amis échangent leurs épouses sans les prévenir. Une logeuse finit par empailler ses locataires. Un enfant choyé se transforme en insecte. Un excentrique traque le sperme de tous les génies de la terre. Morbide, sexuel, horrifique, dérangeant… Ces adjectifs ne viendraient pas spontanément à l’esprit pour évoquer la part la plus célèbre de l’œuvre de Roald Dahl (1916-1990), l’auteur de James et la grosse pêche ou Charlie et la chocolaterie. Ils conviennent en revanche aux nouvelles qu’il destinait aux adultes, ces Contes de l’inattendu rassemblés aujourd’hui dans un « Quarto ». Cet épais volume réunit cinquante et une nouvelles, l’unique roman adulte de l’auteur gallois, Mon oncle Oswald, et deux récits autobiographiques, Moi, Boy et Escadrille 80.

Un legs considérable

Il dévoile une facette méconnue de ce grand-père conteur à l’imagination débridée qui a vendu plus de 200 millions de livres dans le monde, dispose dans son pays d’un jour consacré à sa mémoire et d’un musée, demeure immensément connu pour sa chocolaterie, ses gredins, ses sorcières, ses mots-valises et onomatopées… Soit un legs considérable pour un écrivain entré en littérature sans véritable vocation. « Il y est venu presque par hasard, rappelle Florence Casulli, chercheuse rattachée aux universités d’Angers et de Lausanne spécialiste de Roald Dahl, encouragé par C. S. Forester [écrivain britannique célèbre pour une série maritime populaire] qui l’a poussé à raconter son grave accident d’avion alors qu’il était pilote de la Royal Air Force pendant la guerre. » Le texte, publié en 1942 dans un journal américain, est salué, et Dahl renouvelle l’expérience.

« On le découvre dur, brutal. Il avait un regard sans complaisance sur ses contemporains » – Julien Bisson

La forme courte de la nouvelle s’impose après l’échec de deux tentatives romanesques. L’auteur multiplie les publications dans The New Yorker puis dans Playboy. « Dans ces nouvelles, on le découvre dur, brutal. Il avait un regard sans complaisance sur ses contemporains que l’on peut expliquer en partie par les drames de sa vie », indique le journaliste Julien Bisson qui, fin connaisseur de l’œuvre, a établi cette collection « Quarto ». L’écrivain britannique d’origine norvégienne se concentre souvent sur le quotidien, dissèque les habitudes à l’affût du petit moment où la vie prend un tournant inattendu. Coup de gigot met par exemple en scène une épouse dévouée attendant son mari en fin de journée. La routine est immuable, le dérapage d’autant plus efficace et cruel…

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