Contraception gratuite jusqu’à 25 ans : « Ce qui est important, c’est que les femmes aient le choix »

Le ministre de la santé Olivier Véran a annoncé, jeudi 9 septembre, la gratuité contraceptive pour les femmes jusqu’à l’âge de 25 ans – jusqu’ici, l’Assurance-maladie remboursait jusqu’à 18 ans certaines pilules, les implants, les stérilets et les diaphragmes. Le constat d’« un recul de la contraception chez un certain nombre de jeunes femmes pour raisons financières » a motivé la décision. La mesure entrera en vigueur le 1er janvier 2022.

Une demande que le Planning familial avait déjà formulée il y a longtemps. Pour Caroline Rebhi, coprésidente de ce dernier, c’est « un bon début », mais « un réel travail de fond » reste à faire.

Le ministre de la santé parlait d’un recul de la contraception chez un certain nombre de jeunes femmes. Quel constat faites-vous concernant les nouvelles générations au Planning familial ?

C’est une réalité. Déjà, la contraception peut avoir un coût important. Or, jusqu’ici, vous aviez la gratuité et l’anonymat jusqu’à 18 ans, puis du jour au lendemain la contraception que vous preniez n’était plus remboursée ou prise en charge de manière anonyme. C’est pour ça que certaines personnes ne prennent pas de contraception. Les chiffres montrent également que d’autres se rabattent sur le préservatif.

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Nous constatons également ce qu’on appelle des « crises de la pilule ». Il y a une réelle peur des hormones qui motive l’envie de repasser à quelque chose de plus naturel. Certaines femmes se tournent vers le diaphragme, une méthode sans hormones, ou vers le stérilet au cuivre.

Ce qui est important pour le Planning, c’est que les femmes aient le choix des méthodes contraceptives, qu’elles soient mineures ou jeunes majeures. Quand nous avons le choix, nous prenons mieux notre contraception. Nous voyons encore beaucoup aujourd’hui en France un schéma contraceptif très « français » : pilule, préservatif puis, un peu plus tard, dispositif intra-utérin.

Par ailleurs, la précarité des femmes augmente. En 2019, des femmes qui venaient nous voir avaient autour de 25-34 ans, en plus des 18-25 ans qui sont notre cible habituelle. Cela veut dire qu’il y a aussi des femmes plus âgées aujourd’hui qui ont besoin de méthodes contraceptives moins chères. Mais ce n’est pas uniquement le prix du moyen de contraception que nous pointons, c’est également le prix des consultations. Les femmes n’ont pas à payer entre 50 euros et 80 euros une consultation chez le gynécologue.

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Pensez-vous que le coût soit la principale raison du non-recours à la contraception ?

Le coût est une raison importante, mais il y a aussi la question de l’accès. Les déserts médicaux sont une réalité, cela fait partie des plaintes que l’on entend le plus souvent. Il faut parfois faire plusieurs kilomètres pour accéder à un centre ou un médecin pouvant délivrer ces contraceptions de manière gratuite et anonyme. Il n’y a pas de Planning familial ou de centre de planification partout. Nous préconisons que les départements mettent en place des politiques de planification sur ces sujets-là.

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Il faudrait aussi qu’une grande partie des professionnels puissent délivrer la contraception, toujours avec la possibilité de gratuité et d’anonymat. Par exemple les infirmières et infirmières scolaires, qui, pour le moment, ne peuvent que renouveler la contraception et non la prescrire en première intention. Dans d’autres pays, comme en Angleterre, énormément d’infirmières distribuent, posent et prescrivent la contraception.

Les pharmaciens peuvent aussi renouveler, mais s’ils pouvaient effectuer un entretien de première consultation, sachant qu’il y a énormément de pharmacies sur le territoire, ce serait bénéfique.

Pensez-vous qu’il y a eu un « effet confinement » ?

Il y a eu un effet lors du premier confinement, nous l’avons vraiment constaté. Nous avons pourtant effectué une campagne de communication sur le sujet, mais les femmes ne savaient pas, par exemple, que l’avortement est un soin urgent et qu’elles avaient le droit de sortir pour en bénéficier.

On s’est aussi rendu compte qu’il y a eu une forte culpabilisation des femmes. Elles se disaient « Je ne vais pas sortir pour ma demande d’IVG parce que les médecins ont peut-être d’autres priorités » ou « Je renouvellerai ma pilule plus tard car ce n’est pas urgent ». Il fallait vraiment communiquer sur le fait que le suivi contraceptif faisait partie des soins urgents.

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Les femmes n’étaient pas non plus au courant qu’elles avaient droit au renouvellement de leurs plaquettes de pilules, de leurs patchs ou de leurs anneaux via une vieille ordonnance. C’est pourtant inscrit dans la loi aujourd’hui en vigueur.

C’est pour cela que l’information autour de cette nouvelle mesure est très importante, surtout auprès des jeunes femmes, mais aussi des professionnels, qui vont l’appliquer. Aujourd’hui, la gratuité et l’anonymat sont possibles, et pas uniquement dans les centres de planification ou au Planning familial. Vous pouvez, si vous êtes mineure, avoir accès à la contraception de manière anonyme en ville par un médecin généraliste. Peu de jeunes filles le savent. Elles viennent souvent nous voir en disant qu’elles ont peur que le médecin généraliste en parle à leurs familles.

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Cette annonce est un bon début, mais il y a un réel travail de fond à effectuer. Certains professionnels ne savent tout simplement pas mener un entretien autour de la contraception ou poser un dispositif intra-utérin. Il y a un manque de formation continue.

Il faudrait aussi que cette mesure prenne en charge la contraception d’urgence, qui coûte de 7 euros à 25 euros en pharmacie. On peut l’avoir sans ordonnance quand on est majeure, mais c’est un frein à l’accès supplémentaire.

Le Monde