COP26 à Glasgow : l’océan, grand oublié

Analyse. L’océan n’est pas une étendue d’eau qui se contenterait d’occuper 71 % de la surface de la planète. Par ses dynamiques biologiques, chimiques, physiques, par sa circulation même, il constitue en réalité une sorte de salle des machines fondamentale qui permet, depuis l’origine, la vie sur Terre. Et depuis que les activités humaines ont fait s’envoler les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, cette fantastique pompe à carbone opère comme un gigantesque régulateur qui a, jusqu’à présent, ralenti le rythme du changement climatique et donc la violence de ses impacts. Sans ses interactions avec l’atmosphère, la chaleur serait déjà intenable autour du globe. L’océan absorbe plus de 90 % du surplus d’énergie dû à la concentration accrue de ces GES anthropiques et 30 % du carbone émis chaque année par les humains. Depuis 1870, il en aurait séquestré 155 milliards de tonnes.

Mais jusqu’à quand pourra-t-il remplir ce rôle ? Cette question – en somme, celle de la résilience de l’océan – tarabuste les scientifiques mais ne s’est pas encore vraiment diffusée parmi les décideurs politiques. C’est du moins ce que laisse présager la faible place qui lui est réservée à la Conférence sur les changements climatiques, qui se tient jusqu’au 12 novembre à Glasgow, en Ecosse. Vendredi 5 novembre, est programmée une table ronde sur la « finance bleue », suivie par un appel solennel à « l’action océanique » lancé au niveau ministériel afin d’inciter « la communauté mondiale à prendre des mesures ambitieuses en faveur de la santé des océans ».

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Le système des courants de l’océan Atlantique au bord de la rupture

La séquence peut être vue comme un minimum ou bien comme un progrès relatif. Car l’océan mondial ne figurait pas au programme des COP avant celle de Paris, en 2015. Sa timide apparition d’alors a donné lieu à la publication, quatre ans plus tard, du rapport spécial établi par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur « l’océan et la cryosphère dans le contexte du changement climatique ». Malgré l’ampleur saisissante des catastrophes annoncées, peu de décisions se sont ensuivies.

Le véritable « poumon » de la planète

Pourtant, le premier puits de carbone de la planète, c’est bien lui, l’océan. Il s’en sature toujours davantage sous forme de gaz dissous dans l’eau et dans une moindre mesure de carbonates et de matière organique qu’il retient dans ses couches profondes pour quelques millénaires. Plus les activités humaines affectent l’état de la planète, plus il se gonfle sous l’effet de la chaleur qu’il ingurgite et des glaces qui fondent. Plus il s’acidifie aussi. Alors l’équilibre complexe de cette fantastique pompe pourrait-il atteindre un jour un point de basculement ?

Il vous reste 54.48% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.